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Un BLOG invité
du Journal SUD OUEST

PETIT JOURNAL de DEB par Dominique-Emmanuel BLANCHARD
Éditeur, vidéaste, écrivain… paraît-il… Je vous propose de m’accompagner dans les allées que j’emprunte avec mon stylo, ma caméra, mon appareil photo… Ce blog est un labyrinthe. Mais Ariane n’est jamais loin.

DEB | Cela s’appelle l’espoir

Je sais maintenant que nous allons nous quitter. Il a l’air de s’excuser. Je sais quand son regard demande qu’on ne lui en veuille pas. Je ne lui en veux pas. Je suis même d’accord avec lui. Ses mains sont toutes sèches désormais. Il ne tient plus debout. Son dos s’est voûté, terriblement. Il ne mange plus. Il ne veut plus. Il ne veut plus rien. Si, que je remette en état la télécommande de sa télévision. Et il lit les livres que je lui apporte. Certains, pas tous. Des livres qui racontent des émotions, des choses de la souffrance et de la mort.

Dans quelques jours il aura 87 ans.

Il y a trois ans, je me souviens, je l’ai filmé. Debout à son lutrin. Je lui demandais si cela avait un sens pour lui d’avoir 84 ans. Et là, son fils qui vit en Inde à téléphoné. J’ai laissé la caméra tourner. J’ai toutes ces images. On entend la voix de sa femme quand elle apporte le téléphone. Cette femme, sa femme morte depuis. Morte doucement, à ses pieds. Exactement sous ses yeux à lui. Depuis plus d’un an et demi il se tient là, sur ce fauteuil, face au lit où sa femme est morte.

Il dit qu’il en a assez.

Je n’y vais pas de main morte (si j’ose dire), je lui demande s’il veut mourir. Il baisse les paupières.

Là, écrivant ceci je me demande si ce jeudi 1er juillet 2009, je ne l’ai pas vu pour la dernière fois. Son regard n’était pas posé sur moi, mais sur cette femme qui m’accompagnait et à qui il dit combien il la trouve belle. Il dit ça, il dit : « Vous êtes belle. » C’est un homme voyez-vous qui aimait les femmes, qui les aime encore. Il ne la quitte pas des yeux. Il ne me voit même plus. Et je suis heureux qu’il la regarde, elle, car je me souviens de cette histoire qu’il a souvent racontée et qui remonte à ce temps de l’Occupation où il s’est retrouvé prisonnier, en Espagne, au sinistre camp de Miranda.

Plus de cinquante ans plus tard il se souvenait de cette vision qui lui avait, insistait-il, sauvé la vie. Mon vieil ami était jeune alors, mais avait perdu le goût à la vie et songeait à la mort pour couper court à cette absurdité. Et c’est alors qu’il avait vue au loin une femme. Il dit qu’elle cheminait près d’un âne. Il n’hésite pas. Il est absolument sûr de cela : c’est la vision de cette femme qui lui a redonné le goût de vivre.

Ma belle amie, en face de lui ne sait pas cette histoire. Je la lui raconterai plus tard. Mais moi, voyant comme il la regarde, je me suis dit, que, oui, peut-être, parce qu’il sait, mon vieil ami, combien j’aime cette femme qui se penche vers lui, lui prend les mains et lève vers lui son magnifique regard, quelques furtives secondes je me prends à croire qu’il retrouvera ce goût de vivre qui le fuit et qu’il ne songe plus à retenir.

Quand je me pencherai sur lui pour le saluer une dernière fois j’aurai cette demande : « Reste avec moi. »

Il me regardera en penchant la tête, son regard se fera plus clair soudain.

« Je vais essayer. »

J’ai promis que nous reviendrions. Que ma belle amie reviendrait avec moi.

Cela s’appelle l’espoir.


3 juillet 2009 - Aucun commentaire
Classé dans : JEANSON Francis, Journal littéraire Tags:

DEB | Salomé et la danse des 7 voiles

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C’est beau à pleurer.
La musique est de Richard Strauss.
Teresa Stratas est Salomé, et Karl Böhm dirige le Wiener Philharmoniker.

C’est une histoire compliquée alors voilà (copier-collé et ça le fait):

La colère d’Hérode Antipas, tétrarque de Galilée et de Péré, s’abattit sur Jean Baptiste, lequel lui reprochait son mariage avec la femme (Hérodiade) de son demi-frère Hérode Philippe.
Selon Marc (VI:14-29), Hérode, excédé, fait arrêter Jean et « le fait lier en prison ». La femme Hérodiade voulait faire tuer Jean mais Hérode Antipas le protégeait, car il le « connaissait pour un homme juste et saint » et « l’écoutait avec plaisir ».
Cependant lors de la fête donnée pour son anniversaire, Salomé, la fille d’Hérodiade, dansa tant que le gouverneur et tous ses convives furent subjugués, et il lui dit : « Demande-moi ce que tu voudras… ce que tu me demanderas, je te le donnerai, fût-ce la moitié de mon royaume ». Salomé demanda pour sa mère la tête de Jean Baptiste présentée sur un plateau. Hérode fort attristé, envoya cependant un garde décapiter Jean dans sa prison, placer sa tête sur un plateau et la présenter à Salomé, qui l’offrit à sa mère Hérodiade.

Cette tête serait celle arrivée miraculeusement et conservée à Saint-Jean-d’Angély, dans la province française de la Saintonge, aujourd’hui en Charente-Maritime. Une relique rapportée en 1206 de la 4e croisade est présentée à la cathédrale Notre-Dame d’Amiens comme le crâne de saint Jean Baptiste, que la Grande mosquée des Omeyyades à Damas prétend également abriter.


DEB | Les mots pour le dire

fouras-ecole.jpg


Étaient-elles bleues, de ce bleu-là, ces portes, ces fenêtres ? N’ont-ils pas remonté le niveau de la cour ? Car je crois bien qu’il y avait plusieurs marches à gravir pour accéder aux classes  ; où bien l’enfant voyait-il en géant l’instituteur qui disait « en rang » et nous comptait ?

L’enfant, cet enfant-là, à travers l’une des fenêtres  et il me semble que je pourrais désigner laquelle  voyait l’église dont l’extrémité s’était cassée net un jour de 19.. Mais si, je pourrais dire laquelle !

Cet enfant figurez-vous, je le rencontre encore. Il est même venu me rendre visite un de ces soirs derniers. Nous sommes restés amis. On ne s’est pas beaucoup rencontré depuis quelque cinquante ans, mais je sais qu’il est là, et, que je vous dise : quand j’ai besoin d’un coup de blanc sur l’un des côtés de l’âme, je l’appelle, et il vient. Il sait que je me souviens quand il regardait l’église depuis son pupitre. Il sait que je ne suis pas dupe, que je vois bien, même de si loin, comme ce monde lui paraissait étrange et pour tout dire, incongru. On se chuchote qu’on savait bien que ça ne durerait pas. On la sentait venir la fin. Et elle est venue, mais on avait fait des réserves, on s’en est foutu plein les mirettes de cette enfance-là ; on l’a mise de côté et tiens, on n’en a presque jamais parlé à personne. On se la gardait pour nous, lui et moi, lui l’enfant avec ses cheveux si bouclés que les femmes y égaraient leurs doigts et moi, là, maintenant, avec ces mêmes cheveux ou presque où des doigts, mais pas n’importe lesquels je vous en avertis, viennent encore s’alanguir.

Cette enfance-là est toute neuve, en voici une image : celle d’une cour d’école, là où tout a commencé, sur la droite, le CP. Oui, tout a commencé là dans mon ahurissement devant l’alphabet. Cette première lettre tracée sur le tableau noir. La première lettre , et, tout de suite, la deuxième.
Sans ces deux lettres que serais-je devenu ?
Car c’est bien de là que je viens et le serai jusqu’à mon dernier souffle, dans cette langue qui m’a sauvé de tout, m’a tiré de tous les désespoirs, arraché aux souffrance les plus béantes. Et s’il m’arrive de souffrir encore aujourd’hui, je sais, je sais qu’il me suffit de l’appeler le môme des années cinquante, même s’il n’est pas sur l’image, ni sur aucune presque, sauf une, une et je vois bien que son regard n’est pas encore ouvert, qu’il n’attend que cela, ce temps de se dire, ce temps des mots qui a toujours éloigné la mort quand elle venait se pavaner sous mes yeux.
J’ai appris un peu d’anglais depuis, mais c’est en français que je pense quand je lui dit « Fuck la mort », et elle sait bien de quoi je parle cette allégorie minable dont je n’ai même pas peur. Déjà je cherche ce que je lui dirai quand elle viendra et que je saurai que c’est mon tour d’y passer, je sais, je sais oui que je lui parlerai.


Souvenez-vous : Au commencement était le verbe.

Qu’il soit là aussi, à la fin.




1 juillet 2009 - 7 commentaires
Classé dans : Je me souviens, Journal littéraire Tags:

DEB | Conditionnel de variétés

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Tiens j’en remets une couche du Ferré.J’vais m’gêner !

DEB | Désespoir amoureux de la vie

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Brigitte Giraud écrit, peint, fabrique d’étranges créatures que je vous présenterai un de ces jours, ici.

La voici qui évoque son livre, Le Désespoir amoureux de la vie | L’anorexie un mystère galvaudé paru aux éditions le Bord de l’eau.
C’est là sa première réalisation vidéo.





DEB | Voix du silence (2)

munch-lecri.jpgLe silence est le champ de tous les possibles. Le silence peut tout dire, ou ne rien dire du tout. Le silence du penseur ressemble à s’y méprendre au silence de l’idiot.
Rien ne ressemble plus à quelque chose que son exact contraire.


Qu’ai-je à dire quand je me tais ? Que dit mon silence ? Par quoi vais-je montrer qu’il n’est pas silencieux mon silence, qu’il dit quelque chose ? Par quelle économie de mots vais-je m’y prendre ? Mais surtout, quels signes vais-je envoyer ? Par quelle symbolique vais-je l’illustrer ?

Quels sont les signes de cette langue qui se tait tout en produisant du son ? Qu’est-ce donc que cette langue muette qui parle malgré tout ? Dans quelle exhibition suis-je pour dire ce que je ne veux pas dire ?
Dans quelle indécence
  ?

C’est clair, non  ? Je vous assure, à la troisième lecture ça va mieux…

Illustration : Le Cri (Skrik, 1893) célèbre tableau expressionniste de l’artiste norvégien Edvard Munch.


24 juin 2009 - 3 commentaires
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DEB | Césaire, prénom Aimé

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La vie est ailleurs disait Kundera : elle était en tout cas ce samedi 20 juin 2009 au collège du Grand Parc à Bordeaux où L’association Village de ville présentait l’exposition Aimé Césaire que j’ai apportée de l’Assemblée nationale et mise à disposition.” (Michèle Delaunay.)

Quelques images d’un moment captées par DEB.





DEB | 15H50 ce dimanche 21 juin 2009

Il n’est pas facile d’être un homme seul. Surtout quand on l’a été peu. Surtout quand on n’est plus si jeune. Voyez-moi : terrasse du Régent à Bordeaux, SOD sur la table, clopes, mini cannelé que je ne mangerai pas. « Café frappé » commande quelqu’un au garçon. C’est un café froid le café frappé ? Avec des glaçons ?

Fête de la musique ce soir. Une agitation artificielle sur les quais. À quoi ça joue tous ces gens ? Vers quoi vont-ils ? C’est quoi cette transhumance ? Et moi, je fais quoi là-dedans ? Je traverse quelle réalité ?

La femme que j’aime n’est pas si loin, et parfois voilà que vibre le portable. Il y a ces moments qui s’inscrivent, là, sur ce minuscule écran. Et j’ai trouvé une enveloppe dans ma poche sur laquelle j’écris ceci. Le café-noisette est fini. En reprendrai-je un autre ? 2,60 euros.

Je suis à cette place où tu pleurais un soir et où je ne savais même pas prendre ta main. J’écris sur cette enveloppe où restent quelques billets de 20 euros.

Je suis cette place Gambetta où j’ai débarqué il y a déjà pas mal de temps. Je le revoie l’enfant qui descend de l’autobus rouge qui vient de la gare saint Jean. Il y avait des caillebotis en bois sur le plancher du bus, et un bouton qui déclenchait une sonnette. Arrêt demandé. Tout à commencé là. Sur cette place. C’est en somme comme si j’avais passé ma vie à tourner autour. J’y reviens sans cesse. Enfance et adolescence sont dépliées tout autour. Et plus tard aussi. À chaque fois que j’ai changé de vie je suis revenu dans les parages.

Il y avait des vendeurs de journaux à la criée. L’horloge, elle, est encore là, entre deux vitrines qui n’étaient pas d’Hermès mais d’un boulanger si je me souviens bien.

L’horloge marque 15h50, ce dimanche 21 juin 2009. Et je sens la vie qui se remet à vibrer sous la peau.

Combien de fois ai-je été mort ?


21 juin 2009 - 18 commentaires
Classé dans : Journal littéraire Tags: none

DEB | Les autres

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Abd Al malik - Les Autres
Les autres, toujours les autres, tous ces gens qui n’existent pas et qui sont des milliards, ces milliards qui, à leur tout disent “les autres”.
T’es qui toi ?
Moi ? Ben, les autres, et toi ?




20 juin 2009 - 2 commentaires
Classé dans : MUSIQUE | Juke-box Tags:

DEB | JPS qui ne fume toujours pas

Ce n’est pas à me voir qu’il me reconnaît quand je l’appelle. Mais à la voix. Il est vrai qu’il me dit sortir de chez l’ophtalmo. Rare que l’on me dise se souvenir de moi par la voix. C’est peut-être ce que j’ai de mieux pourtant, la voix. Ah oui !

Je suis à cette terrasse, rue du Palais Gallien à Bordeaux, un angle, où je viens de manger une tarte au chocolat (70% de cacao) et surmontée de fruits frais. J’y insiste, frais. Pas de mappage, de dégoulinade de sucre. Paf, tout j’ai bouffé, tout.
Cet homme qui passe, je l’appelle. Doucement. Je le reconnais lui, moi qui n’ai pas la mémoire des visages. Je le revois, ce Jean-Pierre-là, Spirlet de son nom, journaliste de profession. Je le vois loin là-bas, à 40 piges de distance. Pas vrai mec ? Tiens, je ne vais pas te le dire, mais je me souviens de ta première bagnole, une Simca 1000 que ton père t’avait achetée avec la vente d’un veau, un vrai veau avec ses beaux yeux aux paupières ourlées de noir. Ben oui, j’ai regardé des veaux de près, moi, et d’autres bestioles aussi. Même les hommes parfois je les ai regardés dans les yeux. Pas beau des fois. Les bêtes, quand on les regarde dans le regard ça leur fait plaisir on dirait. Pour peu qu’on ait du plaisir à les regarder, évidemment.


Ah oui, Jean-Pierre !
«Tu parles de moi sur ton blog »  il me dit.
Si ça se trouve l’histoire de la Simca 1000, je l’ai déjà racontée. Si ça se trouve, je la raconterai encore. Mais, je ne vais pas remettre le couplet sur l’histoire 17/24 de quand nous avions même pas 20 ans, hein Jean-Pierre ? Je l’ai pas raconté ça ? Ah bon ! Non ? Tant pis, ce sera pour une autre fois. Si je revois Jean-Pierre dans les 40 ans qui viennent je dirai tout, juré. Dans 40 ans on aura pile un siècle lui et moi. Une semaine d’écart on a. Sept jours. Tutoyer le siècle, hein, pourquoi pas ?
Coca pour toi Jean-Pierre, Perrier pour moi. On se téléphone, d’accord ?


17 juin 2009 - 2 commentaires
Classé dans : Journal littéraire Tags:

DEB | Dans un mois, dans un an…

Dans un mois, dans un an,
comment souffrirons-nous,
Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?
Que le jour recommence et que le jour finisse
Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice,
Sans que de tout le jour je puisse voir Titus ?

berenice.jpg

Bérénice de Jean Racine
Catherine Samie, Ludmila Mikaäel
Scénographie : Gilles Aillaud
Festival d’Automne,
Comédie Française, 1984
photographie © Comédie Française

Voilà, c’est tout simplement quelque chose de fiché en plein ciel. L’éternité commence…
15 juin 2009 - 6 commentaires
Classé dans : Journal littéraire Tags:

DEB | Les souvenirs (Ferré)

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Bon, je sais, Ferré encore et toujours, je sais. Mais en connaissez-vous un autre qui dise, gueule, chante des choses comme ça, des choses dans cette essentialité-là ? Alors, Ferré encore et toujours, oui, encore. Et basta !

14 juin 2009 - 3 commentaires
Classé dans : Je me souviens Tags:

DEB | Boris Cyrulnik, je me souviens

cyrulnik.jpg
Dans ce livre, Je me souviens, Philippe Brenot invite Boris Cyrulnik à revenir sur les lieux de son enfance.
In situ le magnétophone tourne :



Boris Cyrulnik : « La mémoire, ce n’est pas le simple retour du souvenir, c’est une représentation du passé. La mémoire, c’est l’image que l’on se fait du passé. Ça ne veut pas dire que l’on se mente - on se rappelle seulement des morceaux de vérité qu’on arrange, comme dans une chimère. C’est la définition même de la chimère, toutes les parties sont vraies mais la chimère n’existe pas. C’est ce que je suis en train de vivre. Si tu n’avais pas été là, j’aurais donné une cohérence différente de celle qui a fait revenir ce souvenir.

En fait, je me rends compte qu’il est plus facile de réfléchir que de revenir sur les traces du passé. C’est-à-dire que réfléchir - par opposition à la confrontation au réel - permet de maîtriser l’émotion. La réflexion n’est pas soumise au passé, alors que si je devais faire revenir des souvenirs, peut-être me remettrais-je à pleurer, peut-être aurais-je peur, peut-être me sentirais-je abandonné… ce que j’ai combattu toute ma vie. »

Boris Cyrulnik (avec Philippe Brenot), Je me souviens, L’esprit du temps, éditeur. 85 pages, 14 euros.


DEB | Anne & Pablo

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Longtemps je me suis contenté de Pablo Cazals pour ces suites de Bach. Mais cette petite Gastinel vaut le détour…

Retour à Cazals…

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DEB | Olympia (la poupée)

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Jugez-en : mise en scène de Jérôme Savary plus inspiré que jamais. Orchestre du Capitole de Toulouse sous la direction de Michel Plasson, Natalie Dessay, en état de grâce, dans le rôle de la poupée Olympia. Ces Contes d’Hoffmann-là me font encore frémir…
Il y en a pour dix minutes, il y a du vent, c’était du direct.
Qu’est-ce qu’on dit : merci DEB !

DEB | Les livres les plus empruntés

bibliotheque-pret.jpg
LivresHebdo publie sur plusieurs pages et pour la première fois la “liste des meilleurs prêts en bibliothèque”. Un palmarès qui manquait.

En 2007, 6 millions de personnes ont emprunté plus de 132 millions de livres dans des bibliothèques municipales, ce qui n’est pas négligeable. Le résultat est rien moins que bouleversifiant : Titeuf (Zep), Tom-Tom (Jacqueline Cohen) et des mangas japonais trustent une grande partie du classement.


A part la BD et la Jeunesse, rayon “littérature”, on trouve surtout du polar et du terroir, Rap de nuit (8ème) de Patricia McDonald, Le semeur d’alphabets (12e) de Jean Anglade, L’élégance du hérisson (14ème) de Muriel Barbery et puis Stieg Larsson, François Bourdin, Harlan Coben, Jean-Paul Malval, Colum McCann, Amélie Nothomb, présents mais minoritaires.


Petite précision méthodologique : le classement a été dressé de janvier à octobre 2008 à partir du volume total enregistré dans les listes des 16 bibliothèques d’un échantillon réprésentatif, construites sur la base du nombre de prêts par exemplaire.


Source : blog de Pierre Assouline


DEB | Je me souviens d’Olivier Todd

Salies, 2005.
Ce jour-là, à ce moment précis de la photo,
nous avons commencé à ne plus nous aimer lui et moi.

“Le Fils rebelle” de Sartre n’a pas les mêmes amitiés que moi…

DEB | Listen to me

9 juin 2009 - 2 commentaires
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DEB | Orage

La fenêtre
un trou vivant où l’éclair bat
Plein d’impatience
Le bruit a percé le silence
On ne sait plus si c’est la nuit
La maison tremble
Quel mystère
La voix qui chante va se taire
Nous étions plus près
Au-dessous
Celui qui cherche
Plus grand que ce qu’il cherche
Et c’est tout
Soi
Sous le ciel ouvert
Fendu
Un éclair où le souffle est resté
Suspendu.

Pierre Reverdy

8 juin 2009 - 3 commentaires
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DEB | Je me souviens | le gardien du Grand Théâtre

theatre-bordeaux.jpg

Je me souviens de ce gardien de la Paix qui réglait la circulation devant le Grand théâtre de Bordeaux, juché sur une petite estrade, juste sous l’horloge. Je revois son bâton blanc qui faisait des moulinets.
Le gardien n’est plus là, et la grosse horloge non plus. Tiens qu’est-elle devenue ?
Y a-t-il un cimetière des horloges ?

DEB | Phénoménologiquement vôtre

Il y a donc ce vieux bonhomme qui me lâche, après la lecture du livre d’une amie que j’avais soumis à son jugement : « C’est un des meilleurs livres phénoménologiques que j’aie lus depuis longtemps. » Bon, d’accord, on dira ça. Quelques semaines plus tard, dans le livre de Pierre Macherey, Petits riens (éditions Le Bord de l’eau, 2009) je tombe sur ceci, pour le coup, éclairant pour moi.

Simone de Beauvoir raconte comment, en 1930, au cours d’une soirée passée dans un bar de Montparnasse, activité éminemment révolutionnaire à siroter des cocktails, - dans son souci de traquer la vie de la pensée dans ses détails les plus concrets, elle précise : des cocktails à l’abricot -, Raymond Aron, au retour d’un séjour à Berlin, a déclaré à Sartre : « Tu vois, mon petit camarade, si tu es phénoménologue, tu peux parler de ce cocktail, et c’est de la philosophie ! »

Cette révélation, selon Simone de Beauvoir, a eu les effets suivants :

« Sartre en pâlit d’émotion, ou presque ; c”était exactement ce qu’il souhaitait depuis des années : parler des choses telles qu’il les touchait, et que , et que ce fût de la philosophie. Aron le convainquit que la phénoménologie répondait exactement à ses préoccupations : dépasser l’opposition du réalisme; affirmer à la fois la souveraineté de la conscience et la présence du monde tel qu’il se donne à nous. »


DEB | Je me souviens

cinema.jpg


Je me souviens du cinéma Rio, à Bordeaux, au début de la rue Judaïque.
Au temps du cinéma permanent.
J’y ai vu trois fois Le Secret du grand canyon, avec Alan Laad.
Maintenant c’est une boutique des 3 Suisses.




DEB | Le fric

C’est une vieille histoire, lui et moi. Une histoire de mépris, de dédain, de combats. Mais qui a commencé assez tard. Il a fallu l’adolescence pour qu’on fasse connaissance, pour que je voie qu’il avait une sale gueule, le fric. Suffit de soulever un tout petit peu son masque, bah, pas beau dessous, ça fourmille comme des vers, même pas des vers de mirliton, non, des vers de terre, grouillant, vilains comme tout.

fric.jpgLes gens qui ont du fric ont intrinsèquement raison, ils sont convaincus de ça, ces gens-là. Si, si, je vous assure ! C’est qu’ils ont le temps voyez-vous, ils savent l’épuisement, ils savent qu’un jour vous risquez de baisser les bras, ils attendent ce moment où ils vous ramasseront à la petite cuillère dans le meilleur des cas et où ils pourront savourer une victoire de plus. Et tout ce temps des livres que vous aurez lus, tous ceux que vous aurez essayé d’écrire, toutes les oeuvres que vous aurez fait vivre en vous et avec les autres, toutes les amitiés que vous aurez nouées et dénouées, toute cette vie que vous aurez creusée jusqu’au vertige, tous vos rêves à moitié réalisés à moitié ratés à moitié oubliés, pfuit, plus rien ! Au final les gens du fric vous attendront au carrefour de l’ennui. Ils n’auront rien vécu eux, mais ils auront amassé du fric, vécu pour le fric, pensé au fric pour enfin atteindre la mort dans le confort.

à suivre


2 juin 2009 - 11 commentaires
Classé dans : Journal politique Tags:

DEB | Raphaël

J’avais quinze ou seize ans aux abords du casino, la Rolls était blanche et la fille, brune, nerveuse, à la limite du supportable. Une caricature de diva excédée qui cherchait à ébrécher sa flûte de champagne entre ses dents.

L’orchestre jouait, mal, pour de frêles couples qui ne se décidaient pas à quitter la piste de ciment. Quatre heures du matin peut-être. J’étais là. Le jour s’annonçait par des frissonnements dans les branches des chênes noirs du parc.

Ma mère quittait le service à cinq heures. Elle prendrait son vélo et je suivrais en trottinant la silhouette éblouissante de sa blouse blanche. En attendant je me faufilais le long des balustrades, m’approchant très près des tables sans être vu. La fille brune fumait cigarette sur cigarette.

- Tu ne te rends pas compte Raphaël, je vais en devenir folle.

Près d’elle, l’homme en smoking blanc, pâle et totalement absent, se taisait.

- Qu’est-ce que je pourrais donc faire pour t’atteindre ?

Là, il a répondu, un mot, juste un mot, le mot juste : rien.

Rien ne l’atteignait. Même moi, avec mes petits seize ans, au premier coup d’oeil, j’avais compris cela. Cet homme était ailleurs. Ce pouvait être un acteur, un écrivain, un milliardaire désoeuvré ou je ne sais quoi encore. Je ne cherchais pas, je n’ai jamais cherché à savoir. A un moment, j’ai su, voilà tout.

Quand la fille a glissé sa main sous la table, l’a posée sur les cuisses de l’homme j’avais déjà deviné toute la violence, toute la frénésie qui liait ces deux êtres. C’était justement cela qui fixerait en moi toute ma vie le souvenir de Raphaël.

Il a reculé sa chaise, guidé la tête de la fille vers son ventre. Depuis dix ans que je traînais dans les allées du casino j’en avais vu assez pour comprendre ce qui se passait là, dans l’ombre, à trois mètres d’un autre couple qui commandait de nouveau du champagne. Une comtesse, peut-être authentique, m’avait de surcroît initié, une nuit d’orage.


Ma vie, déjà, paraissait marquée du sceau de Raphaël. Comme lui, j’avais laissé une femme blême et tremblante ouvrir sur moi des lèvres très exactement peintes, vernies, d’un rouge douloureux. Je reconnaissais donc les mouvements précipités de la nuque, sa vulnérabilité, sa splendeur aussi. Cette femme, comme ma pseudo-comtesse, vieillissante, elle, devait savoir qu’il ne lui restait plus que l’extrême humilité. Son dos ployait davantage à cet acharnement que l’homme lui abandonnait, sans plaisir, mais sans mépris. A une moment, certainement elle a dû songer à l’irrémédiable mutilation, à ce rédhibitoire qui est celui du suicide. C’est une tentation que j’imagine facilement.

La pluie, soudaine, oblique, a balayé la plupart des attardés. Les serveurs ne débarrassaient même plus les tables. L’orchestre, pourtant, continuait…

Pourquoi avais-je particulièrement remarqué Raphaël dans cette faune banalement extravagante qui hantait encore les casinos balnéaires en ce temps-là ? La Rolls blanche et la fille hystérique n’y sont pour rien. Des années à hanter le parc et les couloirs de l’hôtel du Casino avaient fini par brouiller toutes les images dans ma mémoire.


A seize ans je vivais encore dans la grand Mirage du Casino. J’en connaissais toutes les loges d’artistes, les coulisses, et j’étais imprégné de l’odeur poussiéreuse, à nulle autre pareille, de la scène du théâtre. Mais je m’enivrais aussi de cette autre odeur, acre, celle-là, chaude et piquante, mêlée à des relents de colle de la salle de projection. Et je ne cessais d’effleurer les tapis verts et les boules de baccara. La seule interdiction portait sur la roulette qu’on enveloppait d’un perfide mystère. Etait-elle truquée ? Quelle magie présidait à son hasard ?

Le Casino était mon Royaume infini, secret, indérobable.

Mina, ma mère, travaillait à l’hôtel le jour, camériste, chambrière, dame de compagnie, je n’ai jamais su, et je ne le saurais jamais : Mina n’est plus, emportée dans la vieilesse par une syphilis ancienne resurgie on ne sait pourquoi. Le soir, dans un allée périphérique du parc elle était dame pipi, et à l’occasion faisait office d’ouvreuse au cinéma du Casino.


Cet été-là je devais revoir Raphaël assez souvent : concours d’élégance, défilé de voitures, concours de danse, l’Amirale remettait elle-même les trophées, mondains, dérisoires et indispensables.

Chaque soir, ou presque, Raphaël était là, à la même table. La fille brune parfois pleurait. Sa révolte s’émoussa.

Quelques années plus tard la table de Raphaël est devenue la mienne. Mes compagnes quelquefois furent brunes et nerveuses. Je jouais à une indifférence pour laquelle je n’étais pas fait. Je commandais trop de champagne pour m’y aider et je finissais par être assez ivre pour me donner l’illusion.


Je n’ai pu fréquenter tous les casinos dans l’espoir d’y rencontrer Raphaël. Je n’aimais que celui-ci où j’avais mes entrées ; on n’y avait pas oublié ma mère et j’espérais que Raphaël y reviendrait. Peut-être à la manière du malfaiteur revenant sur les lieux de son forfait. Mais Raphaël n’avait commis qu’un délit mineur dont il n’avait probablement pas conscience. Pouvait-il savoir qu’il m’avait dérobé mon adolescence ?

Les souvenirs parfois n’ont pas d’avenir. Ils restent là, à l’abri des mémoires qui quelquefois s’effondrent comme des châteaux de cartes.

Alors j’ai voulu un destin pour Raphaël…
Je revenais du Liban. J’y avais débarqué au moment précis où l’Ambassade des Etats-Unis avait subi un attentat. A l’aéroport, dès l’atterrissage de l’avion, la piste s’était éteinte. Une vieille Plymouth dont les amortisseurs étaient foutus m’attendait. Tous les cent mètres la voiture devait s’arrêter. Là, se dressait une guitoune constituée de sacs de sable. Un militaire se penchait et le canon de sa mitraillette était juste à la hauteur de mon front.


En cette année 1983, à mon retour en France j’étais seul comme un chien dans un petit appartement du côté du Jardin public, c’est là que j’ai écrit l’histoire de Raphaël…

Vingt ans après le casino je retrouvai Raphaël à Beyrouth.

C’était en avril 1983.

Maintenant il se retourne, se penche à la balustrade. Nous voyons ses épaules fléchir. Alors cela prend un sens ses yeux si brillants…

- Vous voyez bien, vous êtes malade…

Il faudra longtemps à Noria pour se décider à bouger.

- Rachel, Rachel, appelle t-elle, aidez monsieur…

Il nous fait face à nouveau. Je vois son sourire, son foutu sourire. D’un ton négligent, une main sur le bras de Rachel :

- Mais non,… Ce n’est pas ce que vous croyez…

Noria fait un pas vers lui, le frôle.

- Il nous faudra attendre, dit-elle, il sera un peu en retard, avec tout ce qui se passe ici…

Raphaël demande sans affectation un whisky. Rachel jette les glaçons un peu vite dans les verres.

- Ça vous arrive souvent ?

Comment appeler cela ? Malaise ? Défaillance ?

Noria ne semble savoir qu’effleurer les êtres. Elle est sur le point de se saisir de la main de Raphaël, se ravise mais l’encercle. Elle me paraît s’enrouler autour de lui.

Là-bas le Grand Christ blanc tend le bras vers la mer.

- Il n’est pas question que vous alliez à Byblos aujourd’hui, murmure Noria.

Elle se penche entre les phrases, cherche la jointure, l’endroit du silence qui épaissit le trait :

- Dites-moi Raphaël, êtes-vous vraiment par ici par hasard ?

La nuit devient bientôt si mauve que Rachel allume des lampes à hauteur des yeux.

Puis, d’abord tâtonnantes, nous parviennent des notes éparpillées d’un concerto que je ne reconnais pas.

Et bientôt le même silence revient. Le mauve vire au noir.


Noria se souvient de cette rencontre :

- Vous souvenez-vous de ce ridicule costume de représentant de commerce qu’il portait ?

Je me souviens, je me souviens…

Les yeux baissés il ne souriait même pas. La mer n’était plus qu’un vide noir, qu’un souffle rauque.

C’est comme un vertige lucide, une sorte de fièvre froide qui s’empare de moi…

Vingt ans avaient passé. Comment ? à quoi ai-je reconnu dans cet être si pâlot le mythe de mon enfance ? Il mélangeait tout. Les époques et les langues. Et quand Noria quitte la terrasse en entraînant Sarah, Raphaël s’approche de moi:

- Je vais avoir besoin de vous.

C’est la seule phrase qu’il m’ait jamais dite. J’allais lui avouer ma curiosité : comment se peut-il que vous ayez si peu changé ?

J’avais envie de tout savoir du chemin parcouru entre le casino et cette terrasse de Beyrouth.

Mais le Grand Christ blanc, dans la nuit, pointait son doigt vers Raphaël.



Je me suis approché sans crainte pourtant du corps recroquevillé sur les dalles. Je savais que la mort venait de frapper sans détours. Et ce que j’ai vu alors m’a prouvé que j’avais vu juste : que Raphaël n’était pas l’homme ordinaire que j’aurais pu me laisser aller à croire en le voyant si dérisoire sur cette terrasse dans son misérable costume moutarde.


En quelques secondes j’ai vu toute la vieillesse du monde déferler à mes pieds.
En quelques secondes Raphaël est devenu un très vieux vieillard, perclus d’arthrite, d’arthrose, de tous ces je ne sais quoi qui sur le tard de l’homme le dessèche, le déforme, et semble prendre un infini plaisir à le torturer.


J’ai vu, là, sous la lampe bleue, se flétrir ce corps comme une poupée de celluloïd que l’on jette au feu.

Je ne saurais pas davantage pourquoi, ni comment m’est venue cette idée. Tout ce que je puis dire c’est qu’elle s’est emparé de moi.

Après un coup d’oeil alentour, assuré que j’étais seul et vu de personne j’ai soulevé cette pauvre chose qui ne pesait plus guère qu’un fauteuil d’osier et l’ai précipitée à la mer.

C’était en somme que m’était dévolu, une aide à la mort. Je l’ai fait. De ne pas l’avoir fait n’aurait rien changé : on se serait étonné et j’aurais dû inventer une histoire compliquée. Alors qu’il suffisait de dire à Noria que Raphaël était parti, tout simplement.


- Vous le connaissiez donc ? demanda Noria, il m’a semblé en effet sentir une vieille complicité entre vous…

L’histoire du casino s’imposait. C’était la seule du reste dont je disposais et qui pouvait laisser croire que c’était là le début d’une très ancienne amitié.

- Mais il paraît si jeune encore ! fit remarquer Noria, comment le petit garçon que vous étiez a t-il pu rattraper et dépasser un homme de vingt ans son aîné ?

- Chut…


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1 juin 2009 - 7 commentaires
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DEB | Philipe, prénom Gérard

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Les acteurs en font des tonnes, l’histoire est nulle, bref du mauvais expressionnisme à la française d’un cinéma intellectuel. Yves Allégret, de la famille sartrienne n’y va pas avec le dos dans la cuillère, des fois qu’on ne comprendrait pas ce qu’est le désespoir…
Mais il y a Gérard Philipe et Michèle Morgan…




DEB | Le prisonnier de la tour

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Eh oui, les souvenirs, c’est là et quelquefois on ne le sait plus. Une sorte de partie de cache-cache. Passons aux aveux : ma mère chantait cela… Paroles de Francis Blanche…

DEB | Barthes ? Tiens donc !

barthes.jpg
Je n’en finis plus de l’acheter ce bouquin tellement je l’ai prêté et tellement on me l’a pas rendu !


« Circonscrire : pour réduire son malheur, le sujet met son espoir dans une méthode de contrôle qui lui permettrait de circonscrire les plaisirs que lui donne la relation amoureuse : d’une part, gérer ces plaisirs, en profiter pleinement, et d’autre part, mettre dans une parenthèse d’impensé les larges zones dépressives qui séparent ces plaisirs : « oublier » l’être aimé » en dehors des plaisirs qu’il donne. »

« Ce projet est fou, car l’imaginaire est précisément défini par sa coalescence (ça colle), ou encore : son pouvoir de déteinte : rien, dans l’image ne peut être oublié ; une mémoire exténuante empêche de sortir à volonté de l’amour, bref, d’y habiter sagement, raisonnablement. Je peux bien imaginer des procédés pour obtenir la circonscription de mes plaisirs (convertir la rareté de la fréquentation en luxe de la relation, à la manière épicurienne ou encore, considérer l’autre comme PERDU, et dès lors, goûter à chaque fois qu’il revient, le soulagement d’une résurrection) c’est peine perdue : la poisse amoureuse est indissoluble ; il faut ou subir ou sortir, aménager EST IMPOSSIBLE (l’amour n’est ni dialectique ni réformiste) ».

Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux (Seuil).

DEB | Lettre inachevée

C’est un fragment de lettre, jamais envoyée, sans doute à un ami qui n’existe même pas.

lettres.jpgC’est bien. Tu es toujours aux rendez-vous. Je m’aperçois de ça : tu as toujours répondu présent. Cette fois encore. Au moins tu es sûr que je te lirai. Tu vas pouvoir manier tes paradoxes en toute quiétude, et moi, naturellement je vais les relever, un à un. Ce sera ma manière d’exister là-dedans - puisque je n’ai pas moi, comme ça, au débotté, tes obsessions. Je n’ai pas beaucoup d’obsessions du reste, pas de grands thèmes comme toi : les femmes, l’homosexualité, les parents, la littérature, etc.

En regard je me sens même plutôt défavorisé. Hors contexte je n’ai pas grand chose à proposer ; je serais plutôt dans le faire, dans l’acte, pas dans ce nombrilisme où tu t’attardes. Tout renvoie aux mêmes vieux problèmes chez toi, un peu comme s’il ne se passait rien vraiment, comme si tu n’en finissais pas de vivre les mêmes situations. Tu n’as pas non plus de mémoire, que des saynètes à l’improviste, toujours bâties sur le même mode. Dénonçant tout cela, tu comprends n’est-ce pas que je me situe, moi, à l’opposé ?

Ta contingence t’amuse toujours, et je m’étonne, vois-tu, que tu t’en contentes si facilement. C’est, ou ce n’est pas : les deux à la fois c’est ce qui fait le monde clos, l’absence de réalité qui t’accable. Il y a dans cela une sorte de philosophie à la Hegel qui a conduit le pauvre vieux à considérer que l’histoire était finie, que la philosophie avait tout mis à plat, qu’il ne se passerait plus rien : sauf que Hegel est mort et qu’on ne le lit plus. Il y a dans cette posture en même temps qu’un sentiment de toute puissance une impression d’inanité totale que tu connais bien non ! A tel point que tu ne vois pas la différence entre les autres et toi : tu penses être toi et les autres en même temps. Quelle absurdité ! Tu t’imagines que tu connais toutes les ficelles et que tu es un grand manipulateur devant l’Éternel. Comment peux-tu encore croire ces foutaises ? Pourtant tu existes, tu es même, parfois, intensément présent, mais ça ne dure jamais. Comme si tu étais pris de vertige.
Sartre disait que la subjectivité des autres « l’encombrait », qu’il la refusait parce qu’il ne savait pas quoi en faire. Moi, je la sollicite, c’est toute la différence, et c’est énorme. Moi je n’aime que la subjectivité chez les gens. Là où ça bafouille, là où ça tremble, là où rien n’est encore figé. Je crois que je sais faire quelque chose de ça.
Sartre est très con parfois.



DEB | Énoncé et énonciation

Comment définir ce qui différencie les « énoncés » de l’« énonciation » ?

Les énoncés désignent les messages déjà produits, finis, comme morts, si l’on met à part le sens qu’ils gardent dans leurs formes achevées.

L’énonciation, elle,désigne la parole en train de se produire, son engendrement vivant, actuel, non stabilisé. […] Tenter d’approcher une grammaire de l’énonciation, c’est essayer de montrer comment la parole, le sens, la communication s’engendrent, s’actualisent à des morphologies différentes et en devenir.

En admettant que la neutralité scientifique porte sans le voir la marque du masculin, quelle science reste possible ?

Étrange question ! Une science au féminin vous semble impossible ? Une science consciente du sujet qui la produit ne serait plus une science ? Ou bien serait-ce enfin une science sans empire du subjectif ou de l’objectif, avertie de l’outil-langage dont elle se sert ? Cette science sexuée pourrait se soucier de créer de nouvelles formes de vérité, mais aussi de beauté et de sagesse.

In Le Monde, entretien Roger-Pol Droit et Luce Irigaray (psychanalyste) à propos de Parler n’est jamais neutre (Les éditions de Minuit).



DEB | 1949 JE 33

Le jour, je peux donc m’en souvenir.
En hiver.
C’est un temps où les choses de ma vie se foutaient en désordre et où je ne faisais rien pour remettre tout ça en place, bien au contraire.
Alors, quand on est venu me dire qu’une voiture avait heurté l’un des piliers de mon portail en bord de route et que j’ai vu la petite bagnole dans le fossé avec personne dedans, je me suis dit que c’était reparti pour le grand cirque.
Mais il y avait un chapiteau d’un des piliers qui s’était décroché et avait enfoncé le toit de la voiture.

Je me revois au bord de cette nuit de décembre ; je me revois regardant la plaque d’immatriculation :
1949 JE 33.
Je me souviens que je n’ai pas eu besoin de le noter ce numéro, et quand des gens sont arrivés m’exhortant à l’écrire je leur ai dit que non, que je ne risquai pas de l’oublier.

J’ai retrouvé Marianne et on s’est dit que quelque chose allait se passer, quelque chose que nous savions tous les deux et qu’elle m’invitait à faire advenir. L’histoire, cette histoire-là, la nôtre était déjà terminée depuis un bon moment, il s’agissait de lui porter le coup de grâce. Un de plus, mais celui-là serait le dernier de cette série-là.


Ah, j’oubliais : la voiture dans le fossé portait le numéro 1949 JE 33.
Ma date de naissance venue me faire un signe.
C’était le 18 décembre 1982 : pile 33 ans au compteur j’avais ce jour-là.

Cette voiture immatriculée 1949 JE 33 je pense qu’elle ne doit même plus exister, moi si, merci.



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