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DEB | What else ?

Cette publicité partout pour des esquimaux : Bâtonnets géants.
Faut savoir : petits bâtons ou pas ?

What else today ?

3 juillet 2008 - 22 commentaires
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DEB | Obéissance et liberté

Selon le philosophe Robert Misrahi, on nous soumet parce que nous acceptons d’être soumis. L’exercice de la liberté irait-il jusque-là ?
Je choisis d’être soumis
.

Comment disait-il déjà Le Brave Soldat Chveïk , de l’écrivain tchèque Jaroslav Hašek, 1883-1923 (c’était la célèbre formule de l’armée austro-hongroise : « Je vous déclare avec obéissance, mon lieutenant…») ?

Oui je me souviens, il disait le brave petit soldat Chveïk : « Je déclare avec obéissance que je suis un homme libre. »

Et vous, qu’avez-vous à déclarer aujourd’hui ?

DEB | Lisa Mona ?



Quelque chose de Lisa Mona… (Cliché DEB)

1 juillet 2008 - 7 commentaires
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DEB | JP et les figues de barbarie (2)

On est là, JP et moi, sous ses pins de traviolle. Tout frémit autour. De femmes surtout. Mais nous, on est comme deux cons, là, avec nos histoires. Il me raconte ses aventures. Je lui rappelle celles des autres, du temps où on travaillait ensemble lui et moi. J’en sais beaucoup là-dessus. J’ai toujours été un confident fiable. Maintenant il y a prescription. J’ai souvent servi de go between. Parfois il me semble même que je baisais par procuration dans les coups que j’arrangeais pour les autres.
Confident des femmes, j’adorais.
Surtout quand je ne les baisais pas. Et puis, mêler boulot et baise ce n’était pas mon truc. Ou virtuel, ou par procuration, comme je l’ai dit. Et surtout, j’aimais comme elles me racontaient comment elles avaient été déçues.

J’ai commencé à rassembler des documents pour le documentaire vidéo que je vais faire sur cette entreprise qui meurt à Floirac. Cette usine qu’ils détruisent. Je vais faire oeuvre de mémoire. Pas facile pour moi qui ai finalement si peu de souvenirs de cette période où je bossais dans cette multinationale américaine. Depuis quelques jours, je parcours la mémoire d’autres. Moi, j’ai presque tout oublié.
Alors, il y a les photos. Les photos de ce temps-là. Côté bureaux, c’est maigre. Je note cette fracture : il y avait un bâtiment coupé en deux, par le milieu dans le sens de la longueur. D’un côté les bureaux, de l’autre l’atelier.
Côté atelier ils sont restés en contact.
Côté bureaux c’est l’éclatement.
Côté atelier, Roger G. tient ses listes à jour. Il note les décès, avec la date.
Ceux qui sont en vie sont restés là, dans les environs. Pas de surprise.
Côté bureaux c’est l’éparpillement.
Il semblerait que les femmes aient conservé des liens entre elles. Celui que je voulais rencontrer, l’ancien PDG qui avait ce nom qui m’avait fait frémir la première fois que je l’ai rencontré, André Breton, vient de mourir. Je devais le rencontrer en avril dernier. J’avais même demandé à être invité à leur repas annuel des anciens.
JP y était à ce repas. Mais JP s’en foutait un peu d’André Breton. Ce putain de repas aussi, quelle idée de le faire à midi ! Je préfère les dîners qui s’attardent, qui peuvent empiéter sur la nuit. J’ai loupé ce repas, et André Breton est mort quelques jours plus tard.
Je montre à JP ces films super-8 de ces années lointaines. Je ne sais pas qui a fait ces films, qui les a compilés, copiés sur DVD. Mais je vais vous dire : il vient d’André Breton. Il était en sa possession ce DVD (où il apparaît). Il l’a remis il y a quelques mois à Roger G.
Pourquoi à lui ?
Pourtant, quand j’ai commencé mes recherches pour ce documentaire sur cette usine qu’il vont détruire et dont il ne restera rien, RIEN, c’est à Roger G. que je me suis adressé tout de suite. Je n’essaie pas d’expliquer cela à JP. S’en fout. Il y a 15 ans d’absence entre nous. Et JP ne m’aimait pas beaucoup. Et nous le savons tous les deux. Et je sais bien que c’est encore là. Que ces 15 ans de séparation, il s’en fout. Et je ne peux rien lui raconter. Il faudrait alors que je change de mots, de ton, d’expression. En somme, je me la péterais.
Si je ne restais pas celui qu’il a connu et qui était un imposteur il me rejetterais vite fait bien fait. Car JP, bien que côté bureaux, était très proche du côté atelier. Les quelques anciens qu’il rencontre encore étaient côté atelier.
Du reste, JP ne me demande rien sur ce que j’ai fait durant ces 15 ans, il campe sur le passé. Ce peu de passé que nous avons partagé.
Alors, côté Algérie, je lui dis, quand même qu’il me semble revisiter son histoire par rapport à ce qu’il nous en racontait. Pourtant, à l’époque, dans les années 80, je l’interrogeai JP : T’en as tué combien de… ?
Quel mot désignait alors les Algériens ? Fellouzes ? Arabes ? (mais bien sûr que je sais les mots qui nous servaient et qui, naturellement, devaient être de l’ordre de la caricature, de l’outrance - de l’outrage ). Et alors, tu t’en aies tapé combien de petits Arabes ? Cette mémoire, cette mémoire du sens, je l’ai toujours.
J’ai oublié leurs visages, leurs voix, mais tous ces gens que j’ai connus, lorsque je me souviens d’eux, je me souviens de ce qu’ils pensaient…

J’oubliais : et vous, les souvenirs, ça va ?


30 juin 2008 - 4 commentaires
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DEB | JP et les figues de barbarie (1)

C’est comme ça. Cette alternance. De la lumière à l’obscurité. Et ça se joue dans les deux sens. Sans cela je ne pourrais rien faire. Il faut ce va-et-vient. Bord de Garonne, mon frais bureau, TGV, métro, voiture, caméra, banc de montage, le roman pluriel, le vieil homme, et cet autre que je viens de revoir.
Je vais parler de lui. JP.

Après 15 ans. Ici, près du Bassin, Petit Piquey ça s’appelle. Saucisses au barbecue. Il s’appelle JP donc, lui, celui de Petit Piquey. il m’a invité à déjeuner. C’est pour ça, les saucisses, et le rosé, du Boulaouane (Maroc). Il a fait l’Algérie, JP. La guerre. Que j’arrive tout droit de chez Jeanson, ça l’irrite. Mais je lui dis qu’il me semble qu’il se met à revisiter son histoire le JP. L’Algérie, sa guerre là-bas, je me souviens qu’il n’en faisait pas un plat jadis. On rigolait même pas mal là-dessus, finement : les chèvres et les figues de barbarie. Je vous expliquerai. Mais vous savez peut-être pour les figues de barbarie…
C’est ici l’été, comme à beaucoup d’endroits en ce moment. Je peste contre ces touristes, ces envahisseurs. Se comportent comme des veaux la plupart. En somme je suis d’ici aussi. Des mois que j’y viens désormais pour retrouver le vieil homme, deux fois par mois. Mais il y a les femmes, filles-femmes, femmes-filles, est-ce que je sais moi.! Déjà brunies. En robe blanche. On sait que c’est en été que ça baise le plus. En août surtout. Neuf moisplus tard ça donne des Taureaux. Et justement, avec JP, après les saucisses-lentilles, sous les pins, avec malgré tout un petit vent qui me cisaille les reins, il est question de femmes. Voilà : les hommes parlent femmes. Il a près de 70 balais mon pote JP. Je lui demande, pour les femmes. “Mon pôvre, si tu savais, je pense qu’à ça.” S’en cherche une en ce moment le copain. Dix ans qu’il est à la retraite dans sa petite maison sans étage, et qui était en 49 une cabane de planches. Il me rassure le JP. On sait pas vous savez. C’est commode pour ça les vieux. A un moment les hommes ne mentent plus, ou presque plus, en tout cas pas sur ça. Avec les souvenirs, oui, ils bidonnent, mais sur le présent ils disent la vérité.
Ils sont précieux pour ça les vieux, pour vous annoncer votre avenir.

à suivre

29 juin 2008 - 3 commentaires
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DEB | Le petit blanc à la caméra rouge

 

Je vois bien qu’ils s’inquiètent beaucoup pour cette histoire de suppression de pub à la télé. Je comprends, oui, que ça menace des emplois. L’ennui, là-dedans, c’est que la plupart de ceux qui sont chargés de nous informer (les journalistes de la presse écrite et télévisuelle) sont payés par la pub…
Tiens, hier j’ai regardé sur la chaîne 5 un documentaire extraordinaire sur des gens qui font le chemin vers Compostelle. Passionnant, intelligent, sensible. Doit coûter trois francs six sous à faire ce type de film. On pourrait en faire combien de documentaires avec ce que bouffent les dégoulinades des Drucker et autres Sébastien ?

Car il y a une foultitude de choses qui se font en vidéo.
Un exemple ?
J’ai vu à la médiathèque de Pessac il y a quelques jours Le Petit blanc à la caméra rouge consacré au film de René Vautier Afrique 50. Un bijou signé Richard Hamon.

Tourné en Afrique de l’Ouest en 1949 par un très jeune homme (René Vautier) à peine sorti d’une école de cinéma, censuré en France de 1950 à 1990, Afrique 50 est, dans l’histoire du cinéma français, le premier film ouvertement anticolonialiste. Cette attaque en règle de la politique africaine de la France fût un brûlot, que le gouvernement français tenta d’étouffer par tous les moyens. C’est aussi le premier film de René Vautier qui réalisera en 1971, Avoir vingt ans dans les Aurès, une autre œuvre emblématique de la représentation de la politique française en Afrique.
En retraçant les pérégrinations de son réalisateur entre l’Afrique et la France, en re-situant Afrique 50 dans le contexte historique et politique des années d’après-guerre, Le Petit Blanc à la caméra rouge propose de (re)découvrir ce film en noir et blanc de 17 minutes.
René Vautier, en 1949, à peine sorti de l’IDHEC, part pour l’Afrique réaliser un film pour la Ligue de l’Enseignement pour « dire vrai le monde ». René Vautier a 21 ans et n’est pas encore le réalisateur qui remportera, en 1972, le Grand Prix de la Semaine internationale de la critique du festival de Cannes avec Avoir vingt ans dans les Aurès.

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Afrique 50 sera le début d’une carrière mouvementée. Depuis cinquante ans, René réalise des documentaires dans lesquels il s’engage, en tant que cinéaste bien sûr, mais aussi en tant que militant. Ce sont parfois des œuvres collectives, plus rarement des fictions. Sa filmographie est celle d’un homme en colère qui, après s’être battu adolescent dans les rangs de la Résistance pendant la seconde guerre mondiale, a continué pacifiquement le combat, caméra au poing. Vautier a filmé, de façon prépondérante, les luttes anticoloniales en Afrique subsaharienne et en Afrique du Nord, et les luttes sociales en France. Il a reçu en 1998, le Grand Prix de la SCAM pour l’ensemble de son œuvre. Il vit aujourd’hui à Cancale et reste un conteur infatigable.

 

Le Petit blanc à la caméra rouge dure 57 minutes. Sous la caméra de Richard Hamon, Vautier raconte comment il a pu récupérer les 17 minutes qui constituent le film Afrique 50.


Le réalisateur du Petit blanc à la caméra rouge, Richard Hamon est né le 24 mars 1949, et a étudié les Lettres à l’Université de Paris VII. Après une maîtrise et un Doctorat de 3e cycle à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes auprès de Gaétan Picton et Roland Barthes, il enseigne la Littérature et la Sociologie durant deux ans. En 1977, il s’oriente vers la télévision. Il crée en 1987 la société PROD. ETC. pour laquelle il réalisera une série de six films destinés au Ministère de la Santé, sur le thème de l’hospitalisation des enfants. Depuis 1989, il a réalisé une dizaine de documentaires dont Howard Fast, histoire d’un Rouge (2004) et Andalousie, les moissons de la révolte (2006).

A vos cassettes.

DEB | Beauvoir et “Le Deuxième sexe”

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Bande annonce du documentaire Simone de Beauvoir : “Je veux tout de la vie”, Pacale Fautrier et Pierre Seguin (Saraband Films & Le Bord de l’eau). Réalisation bande-annonce : Dominique-Emmanuel Blanchard

DEB | Nathalie Rheims | Journal intime

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Je la trouve d’une sensualité bouleversante cette femme…

 

DEB | Recommencer, toujours

Il m’arrive de penser qu’il faudrait peut-être en finir. Avec ce blog.
Car voici : je me surprends à m’interdire d’y écrire certaines choses. Comme si je devais de plus en plus bien me tenir, comme à ces repas familiaux, ritualisés où tu sombres dans la banalité parce que tout le monde en a marre que tu foutes le bordel. Il y a bien longtemps, je crois, que je ne fous plus le bordel dans les repas de famille.
À force d’emmerder tout le monde on finit par se demander si on n’est pas devenu emmerdant, tout simplement.
À force de ne pas vouloir ressembler à l’image qu’on veut t’imposer de toi on finit par ressembler à n’importe quoi, et par peut-être même ne plus se ressembler du tout.
C’est comme ça que j’ai plusieurs fois changé de vie.
Pour aller exister parmi des gens qui ne me connaissaient pas.
Il y a même des étanchéités entre ces vies-là.
Pendant longtemps mes vies s’ignoraient les unes les autres. J’en étais même arrivé à me demander comme j’avais fait pour qu’elles ne se rencontrent pas, ou si peu.
Aujourd’hui je me demande si c’est fréquent ces ruptures aussi radicales dans la vie des gens.

C’est une question que j’ai bien envie de vous poser.


24 juin 2008 - 37 commentaires
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DEB | Putain d’été

Ce qui est un peu agaçant à certaines périodes de l’année, c’est cette polarisation sur quelques évènements (ou non évènements du reste). Après Roland Garros, c’est la Coupe d’Europe de football et bientôt ce sera le Tour de France. Et, en fil rouge, la météo des plages (en été) et la hauteur de la neige des stations de ski en hiver.
Il y avait bien Cannes, mais j’ai comme l’impression que c’est en perte de vitesse. Quelque chose de déliquescent est là, soigneusement programmé et parfaitement entretenu. On appelait cela le conditionnement. Conditionnement à l’abêtissement, comme si l’été, au fond, ce n’était que cela : plage et rien foutre. La belle finalité que voilà ! Magnifique exigence de sens n’est-il pas ?



Je veux, moi, imaginer Montaigne à cheval ou un Einstein survolté. Il me semble que cette chaleur torride à l’extérieur devrait inciter à la méditation derrière les volets clos et dans l’ombre sereine. Un livre est toujours là, qui attend d’être lu, une toile d’être peinte, une symphonie d’être écoutée. Cette frénésie du déplacement (ah, les bouchons autoroutiers — 200 kms, ah, le record reste à battre…), alors on nous présente des gens au volant de leur voiture en route vers le paradis. On ne nous dit pas ce que peut être ce paradis, cet ailleurs vers lequel on roule, pour cause : ce n’est qu’un un fantasme, un mythe ressuscité tous les ans, presque à dates fixes.
Mirage collectif auquel personne ne croit vraiment mais qui contribue à une sorte de sentiment de déréliction. Noël, plage, ski : même symbolique. Création purement de petits bourgeois qui ne songent qu’à fuir les villes. Les grandes villes. Transhumance humaine sans délicatesse. Amplifiée, magnifiée par les médias qui y trouvent de quoi remplir le vide qu’ils ont eux-mêmes créé.
Putain d’été.

 

Cette huile est de Jean-Pierre Pastor. Vous pouvez retrouver quelques-unes de ses oeuvres en cliquant sur sa toile “Sérénité”

23 juin 2008 - 4 commentaires
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DEB | Tati, prénom Jacques

L’Ecole des facteurs. Un court de Jacques Tati, 14 minutes. Je ne me lasserai jamais de Tati je crois.

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DEB | Publiez en ligne chez Léo Scheer

L’éditeur Léo Scheer vous permet de publier en ligne.
Cliquez sur la couverture ci-dessous pour tout savoir sur ce mode de publication.

21 juin 2008 - 5 commentaires
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DEB | Moi, le lecteur

Dix manuscrits retoqués aujourd’hui.
Et autant hier.
J’en ai mis quelques-uns de côté.
Les ventes de livres continuent de chuter.
Comment leur dire que plus en plus de gens s’en foutent des livres ? De ces livres-là, qui racontent une vie banale, mais pleine de bons sentiments.

Et comment leur dire que ce n’est pas suffisant le témoignage ?

Mais parfois, je suis en colère : pourquoi sont-ils tant à écrire alors qu’ils ne savent pas ? On voit bien qu’ils n’ont pas lu. Qu’ils s’en foutent eux aussi des livres, que la seule chose qui les intéressent c’est le leur.
Leur histoire, leur ego.
Ils ne comprennent pas la plupart du temps que c’est à moi qu’ils doivent écrire, à moi qu’ils doivent s’adresser, moi le lecteur.
Mais non, ils s’adressent à eux.
Ils ne savent pas que je ne le connais pas.
Ils ne savent pas que je m’en fous de savoir qu’ils ont pris un bon petit café.
Ils se regardent, et moi je détourne les yeux.
Je ne fais plus de refus « personnalisé » que rarement.
Je ne signe plus.
Je ne mets plus mon nom.
Si je leur fais un commentaire ils me répondent que je n’ai rien compris. Que je n’ai pas su les lire. Qu’untel ou qu’unetelle a trouvé ça très bien.
Je ne dis presque plus rien.
Ils oublient qui je suis : un lecteur.

 

20 juin 2008 - 20 commentaires
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DEB | Touche pas à ma pub ?

Je crois bien avoir vu ça sur les pancartes des manifestants : Touche pas à ma pub. Et j’ai comme l’impression que c’était du premier degré. Pute borgne, j’enrage de voir des syndicats qui plébiscitent la pub alors que tout le monde sait que cette salope de pub nous pourrit la vie, qu’elle est comme une lèpre, qu’elle anéantit toute idée de culture à la télévision.
Pour une fois que je suis d’accord avec Sarko : pas de pub. En cela il est gaullien puisque le grand Charles n’en voulait pas de cette saleté de pollution.
Allez, faisons comme en Angleterre : la redevance à 180 euros (et alors, ça en vaut la peine, non) et on se débarrasse d’un fléau…
Et vous, la pub, vous aimez ça ?

19 juin 2008 - 4 commentaires
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DEB | Le coup de la panne

Que je vous dise, côté courage, j’ai comme l’impression de ne pas être au top. L’élimination de l’équipe de France (vous aurez noté ma discrétion sur le sujet) ? Le soleil ? Envie de glandouille ? Bref, je ne vais pas pousser la mécanique. Surtout quand elle est belle (voir ci-dessous).



(cliché DEB)

Et vous, comment ça va ?


19 juin 2008 - 2 commentaires
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DEB | Vincent : 56, 59 ou 76 ans ?

Vincent vit toujours près de sa caserne. Je me suis demandé l’âge qu’il pouvait réellement avoir… A votre avis : 56, 59 ou 76 ans ? A vos calculettes. Vous noterez mon aisance dans l’exercice du calcul mental. Et je me demande si je ne le fais pas naître à Brienne alors qu’il me parle du cours Aristide Briand…  Je crois que j’ai été grandiose sur ce coup-là ! Du grand art, vraiment.

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DEB | Jean Eustache : portraits

Concernant Jean Eustache, ceci que j’ai trouvé sur le site de Jean-Luc Bitton


Jean-Luc BITTON :

 

J’ai déjà évoqué ici l’admiration du cinéaste Jean Eustache pour Jacques Rigaut. Dans son film mythique La maman et la putain Eustache rend un hommage à J.R. dans une scène où Jean-Pierre Léaud mentionne “la secte d’hérétiques dont parle Borges, je crois, et dont la qualité essentielle est dans l’ennui. Pas dans la foi, l’enthousiasme : dans l’ennui, le nul“. Léaud sort ensuite une feuille manuscrite de sa poche en disant “d’ailleurs j’ai fait mon autoportrait“. Les phrases qu’on peut voir sur cette page sont celles du texte de J.R., le “passeport idéal” : “Cheveux….cheveux, front…front, etc.” (Merci à Greg qui m’avait signalé cet hommage pour initiés.)
L’écrivain Jean-Jacques Schuhl, ami du cinéaste, dans le journal Libération du 6 septembre 2005, faisait le lien entre le suicide d’Eustache et celui de J.R. : “”…dans le coeur comme Jacques Rigaut...”
A l’occasion de la rétrospective des films d’Eustache à Beaubourg, Schuhl cite à nouveau Rigaut (merci à Jefferson Selve qui m’a envoyé l’info), dans un bel article publié dans le Libération du 13 décembre 2006. Je me dis que je devrais rencontrer l’auteur d’”Ingrid Caven“…


 

JEAN EUSTACHE AIMAIT LE RIEN

Par Jean-Jacques SCHULH

 

 

Tu as bien connu Eustache, tu devrais écrire sur lui !

 

 

 

Celle-là, je l’ai pas mal entendue. Qu’est-ce que ça veut dire ? Les meilleurs nous restent opaques… On apprend après des choses : à 20 ans, il récitait ivre mort des poèmes dans des bars, il se promenait avec un flingue à Pigalle où il se faisait appeler Robert et allait guincher au musette…
Une suite de reflets…
On n’en sait pas plus après dix ans, vingt ans… On se trompe toujours…
Il rêvait d’un penthouse sur la Cinquième Avenue, il était royaliste, à la fin il croyait à l’au-delà, il avait acheté à Genet un scénario, titre : La plus belle ville du monde ne peut donner que ce qu’elle a, et il lui avait filé un chèque sans provision !
Je le revois, c’est comme si c’était hier, il est là, il arrive, son pas chaloupé, la Gauloise bleue au coin des lèvres, mains dans les poches, il aimait bien Gabin, Jean, Gueule d’amour . Son Burberry… Il aimait bien Bogey aussi… et sa Gauloise bleue qu’il allume en plissant les yeux, bleus.
«J’file à Narbonne demain… T’sais… Ils s’apprêtent à détruire le café… Faut que j’tourne vite avant que..
Il avait gardé un peu l’accent de là-bas. […] J’ai peine à imaginer deux personnes aussi passives et capables de ne rien faire si longtemps, strictement rien, une longue torpeur dans les bars, que Jean Eustache et moi, du moins en Occident. Non ! C’est pas juste : il jouait, au baccara, beaucoup !
Et puis les filles… beaucoup… de tout : des belles, des moches, des travelos du Bois… N’importe… En rentrant fauché du baccara… Et il a fini par faire un ou deux films.
Moi, très longtemps, j’ai continué à ne rien faire. Là-dessus, c’était quand même moi le plus fort, qui ai tenu le plus longtemps. C’est ce qu’il appréciait en moi, je crois, cet aspect ascétique, plus nul que lui. Et puis j’ai cédé à mon tour : il a bien fallu que je commence à vaguement m’y mettre moi aussi… Il n’était plus là, quelques autres non plus, j’étais un peu seul alors à ne rien faire, c’est difficile, je ne suis pas un héros quand même ! Je n’avais plus personne avec qui ne rien dire, ou alors parler pour ne rien dire ! Alors autant un peu travailler, comme les autres.
De toute façon il aimait le rien, le nul, le beaucoup de bruit et puis rien, les foirades, quoi ! Ça devait bien finir comme ça : une annulation. Et bien sûr j’étais complice un ou deux autres, aussi. On voulait lancer un mouvement, nous si immobiles ! Le nullisme ! Il était allé raconter ça au Nouvel Observateur au Festival de Cannes le nul, le nullisme… n’être rien ! quand il a présenté la Maman et la Putain. Au fait, j’y pense : j’y suis dans la Maman et la Putain l’ami d’Alexandre, Charles, aucun doute, c’est moi ! Il fait des trucs de potache, de carabin, débiles, décadents… Non, même pas, juste un simulacre, une velléité : il vole un fauteuil chromé de paralytique dans une cage d’escalier et l’amène chez lui où il y a sur une table un bras artificiel dans la main duquel Charles a placé une rose or terni en plastique… Oh ! So kitsch ! So camp ! So chic !… L’espèce de morbide décadent que j’étais à l’époque… Et Alexandre et Charles reprennent mot pour mot les conversations idiotes à n’en plus finir que j’avais avec Jean : vaut-il mieux manger chaud et boire froid ou manger tiède et boire chaud ou dur et froid ou tout mou… ? Ils finissent après très longtemps par trouver la conclusion : il faut manger mou et boire tiède !
Je revois le sourire éclatant sous les flashs à Cannes au palais, Jeanne d’Arc-Ingrid Bergman remettant le trophée à Jean de France, l’ajusteur électricien… Car s’il se voyait en cloche, nul, ruiné… il aurait, je pense, aimé être cloche nulle ruinée dans un palace «Au Carlyle, t’sais ! Sur Madison Av… Le Russian Tea Room t’sais ! »
Ce n’était pas un caractère… fuyant… pas net… lâche… recherchant l’inconsistance… c’est pas facile… Etait-il même cinéaste ? ! Je n’ose qu’à peine écrire ce mot, il ne lui convient pas. Il me fait sourire, si chargé d’importance, de prestige prométhéen… Il a fait des films, oui… mais… Je lui avais suggéré : «Tu devrais avoir une boutique avec sur la plaque : “Jean Eustache, cinéaste pour Noces et Banquets”»
Alors là maintenant… quoi faire ? De la pointe mal taillée du crayon ébaucher quelques phrases qui tracent le contour d’une forme plutôt vide, presque une ombre blanche… A quoi ça avance, les souvenirs, la vie… tout ça ? ! Face à son cinéma si neutre, si blanc, toute anecdote semble un effet de mauvais goût, un rien devient haut en couleurs, pittoresque. Ses films si discrets en un sens appellent le retrait. Ou bien alors, comme il l’a fait, laisser parler les autres ?

 

(Note de DEB : de Jim Jarmusch à Schuhl.) :

Cher Jean-Jacques, Voici quelques raisons pour lesquelles j’ai dédié mon film Broken Flowers à Jean Eustache : Ici, dans ma maison située au milieu d’une épaisse forêt des montagnes des Catskill, il y a la petite pièce où j’écris, et dans cette pièce se trouve une vieille table en bois dont on m’a dit qu’elle a été fabriquée il y a plus d’un siècle comme table de travail d’un cartographe, et c’est là-dessus que j’ai assemblé chacun de mes scripts ( Dead Man , Ghost Dog et plus récemment Broken Flowers ). Au mur sont épinglées des coupures de journaux (nécrologies de William Burroughs, Fela Kuti, et Jean Rouch) et quelques petites photographies (Joe Louis, Robert Mitchum, Geronimo, et Buster Keaton). Mais la seule qui est encadrée, c’est une photo de Jean Eustache sur le tournage de la Maman et la Putain que j’ai découpée dans l’article nécrologique du New York Times remontant à l’automne de 1981. Elle est accrochée tout près du coin où je travaille. Cette photo jaunie est la raison immédiate qui m’a fait dédier mon film à Jean Eustache. Le script a été écrit très vite en deux semaines et demie, et Jean Eustache semblait, alors plus que jamais, être présent, veillant sur moi pendant que je griffonnais tout le long des nuits (j’écris à la main dans des carnets à dessins et, cette fois, la première chose que j’ai écrite a été : «Pour Jean Eustache») […]. Pendant que je t’écris ce fax, je suis à nouveau dans ma petite pièce dans les Catskill, et là, tout près de moi sur le mur, il y a cette image d’Eustache accroupi juste à côté d’un tourne-disque aujourd’hui démodé, la cigarette dans une main tandis qu’il fait doucement un geste de l’autre, son visage en partie caché par des lunettes noires et de fins cheveux longs, toute son énergie absorbée par le beau film compliqué qu’il est en train de créer.”
Jim Jarmusch

 

«Comme le bouchon de liège au fil de l’eau», une métaphore qu’Eustache avait un jour employée pour m’expliquer son affinité avec Jean Renoir. Et lui c’était pareil. Il a toujours filmé selon… «Donc tu te dégages/Des humains suffrages/Des communs élans ! Tu voles selon» les circonstances, les commandes, les phrases en vol, les récits effilochés des autres, les soubresauts de la mémoire. «Les choses sont là. Pourquoi les manipuler ?» Il suffit de les recomposer un peu, les rythmer, c’est tout. Cinéma de poésie ! Scribe des autres, ethnologue de lui-même. «Jamais l’espérance Pas d’orietur. Plus de lendemain Braises de satin

 

C’est Rimbaud qui continue. Et le mélange, chez Eustache, de son côté évangélique, catéchisme même, douce France, p’tits clochers, royauté, Jean de France, avec son goût pour le clandestin un peu louche m’évoque l’Enfance, Rimbaud dont le poème Mes petites amoureuses , titre d’un film d’Eustache, commence comme ça : «Un hydrolat lacrymal lave/Les cieux vert-chou…» L’enfant du film va au cinéma voir Pandora , le passage où Ava Gardner sort de l’eau, et je m’autorise cet innocent détournement en sampling : «Un hydrolat lacrymal lave Ava Gardner mouillée».

 

Ça a été Jean le premier. Après, tout de suite, il y a eu Fassbinder et puis très vite Rassam le producteur, que j’ai nommé Mazar dans un roman, je dis ces trois-là parce qu’il se trouve qu’ils ont été proches de moi et que pour eux la vie et le cinéma ne faisaient qu’un, autant dire le réel et le rêve… Et aussi qu’ils ont fini pareil, cloîtrés chez eux sur un lit, au tournant du siècle et moi j’ai gardé, persistante, l’image, comme celle, décomposée, de l’Homme qui court de Etienne-Jules Marey, de ces trois-là, à peu de temps de distance, comme le même trois fois, mais ils ne courent plus : à plat ventre demi-nus sur le lit, les yeux vides encore rivés à un petit écran par terre, ça a été exactement ainsi, tous les trois, comme une parabole dont le titre serait : «Le Cinéma rendant les armes devant la Télévision».
Et c’est vrai, c’est de ce moment-là, j’ai songé, que le cinéma, ça n’a plus été pareil, de l’Art, des fois, sans doute, mais plus un art de vivre, un style de vie. Louxor j’adore ! Quel rapport ce clip en tube techno-pop interprété par un chanteur dansant en collants et justaucorps pastel que les télés avaient montré et remontré ces derniers temps pouvait bien avoir avec un cinéaste janséniste qui refusait toute imagination et se reconnaissait comme maîtres Bresson et Dreyer ? je me demandais en allant à mon rendez-vous de l’hôtel Montalembert. Tout récemment alors que je préparais cet article, j’étais tombé sur une interview de Philippe Katerine, il avouait une passion pour le cinéma de Jean Eustache.
Alors je lui ai téléphoné pour le rencontrer…
Et sur Eustache il savait tout…
Et sur ce monde d’avant et sur les films : des dialogues par coeur, et des phrases bêtes vite dites il y a longtemps, des surnoms de gens anonymes totalement oubliés étaient passés, grâce au regard, à l’oreille et à la caméra de quelqu’un, dans la tête d’une vedette electro-pop de notre ère colorée ultracellulaire. Et moi, sans doute stimulé par ce court-circuit dans le temps… je parlais… je parlais… d’Eustache… de Picq… son inspirateur, son comparse… et puis de Biaggi… qui, lui aussi, est évoqué dans la Maman et la Putain «Je suis en vert et contre tout» , il dit, vêtu de vert… enfin les bêtises qu’aimait Eustache.
Philippe Katerine me regardait un peu sidéré : c’était moi qui faisais le récital… «C’est pas tout ça, j’ai dit, mais vous ne m’avez pas soufflé mot sur Eustache. Mais vous n’avez pas arrêté de par… Oui d’accord mais, pour mon article, j’ai rien de vous alors j’ai une idée… Puisque vous êtes chanteur-compositeur, vous pourriez écrire une chanson sur Eustache, lui, ses films, comme vous voulez, ou même un début de chanson
Je la collerai dans mon truc, je me disais, comme j’ai collé le fax de Jarmusch… Il a eu une expression curieuse entre l’intérêt amusé et le scepticisme. Et puis il a quitté le Montalembert avec sa valise à roulettes.

 

 

Le lendemain j’ai appelé Philippe Katerine et j’ai laissé un message, je regrettais d’avoir trop parlé : «Je suis désolé, j’ajoutais, et en plus j’ai l’impression d’avoir mis trop la pression pour obtenir de vous une chanson sur Eustache…» et que peut-être, à défaut, il pourrait me dire quel genre de chanson il imaginait, même s’il ne l’écrivait pas !
Le jour d’après, j’ai écouté mon répondeur :
«Allô, c’est Philippe Katerine. J’ai eu votre message hier… Je suis à Nantes… J’ai essayé d’écrire un peu mais en vain… Sans la musique… noir sur blanc c’est un peu difficile… Le sujet aussi est difficile… J’étais parti quand même sur ses yeux bleus… Plutôt une chanson d’amoureux sur son physique, ses cheveux longs, ses yeux bleus délavés, ses habits… Quelque chose de plutôt sensuel comme si j’étais une de ses petites amoureuses… J’étais parti là-dessus, sur quelque chose de presque érotique… Comme sur une rock star… J’étais sur ce registre… Si j’écrivais une chanson sur lui, ce serait une chanson d’amour sur son physique, ses yeux, et ce qui en émane..
Ce qui en émane ? Son «coup du regard», comme on appelait ça avec Picq, et qui en faisait en effet craquer pas mal… La séduction. Mais il y avait un autre regard, celui qu’il avait au tournage et dont m’avait parlé Ingrid Caven qu’il avait dirigée dans Mes petites amoureuses . «Jean était là sur le plateau. On ne l’avait pas entendu venir. Il corrigeait des petits détails ici et là, presque silencieux. Regard à travers la caméra… Chuchotement à Nestor. Il semblait s’absenter, le regard s’éloignait, il nous écoutait depuis un lointain, s’abandonnant à quoi ? Nous abandonnant au “silence, on tourne” de l’assistant.»
Il l’avait choisie pour incarner la mère du petit garçon (lui à 13 ans) sans la connaître, pour l’avoir vue au cinéma, c’était la Paloma, elle était Viola, chanteuse d’un cabaret interlope, phtisique diaphane et pâle comme le drap où dans le temps on projetait. Sa mère était Viola. Le petit garçon voulait, face à sa mère, retrouver les sensations éprouvées devant l’écran.

 

Jacques Rigaut, le poète surréaliste rédigeait ainsi sa fiche anthropométrique : «Nez : Nez ; OEil : OEil ; Bouche : Bouche ; Barbe : Barbe ; Teint : Teint» …
Il écrivait quelque temps avant de se tuer, à 30 ans, d’une balle au coeur : «Je vais vous dire une bonne chose, la perte de la personnalité, c’est la seule émotion qu’il me reste.» Ça peut se dire autrement : Jean Eustache, quelque temps avant de se tuer d’une balle au coeur, vit reclus chez lui, couché, souvent déprimé, devant la télé. Il téléphone à Maurice Pialat qu’il n’a pas vu depuis assez longtemps : «Allô ! Maurice, salut, c’est Jean… Salut ! Ecoute, je vais faire un film, et j’aimerais que tu joues le rôle de moi.
» Mon pauvre Jean, tu n’y penses pas ! Je vis reclus chez moi, couché, déprimé, devant la télé !» «J’essaie, disait-il, d’une réalité qui existe et qui existe indépendamment de moi, de faire non pas une fiction mais un film.»

La vie devenue film ? Sa vie un film, une fine pellicule que, presque comme une décalcomanie, on détacherait de sa peau et qui en garderait la marque ? J’imagine que ce que le film lui restituait, la projection plutôt, un peu immatérielle, fantomatique, c’était sa vie, détachée, immatérielle à son tour, moins pesante, et ailleurs… Le téléphone dans une main, le revolver à deux coups dans l’autre, le magnéto, avec lequel il a enregistré tout et tout le monde, à côté… Et puis les deux coups de feu, la dernière bande continue… Le monde enfin sans lui : il avait dû souvent essayer de s’imaginer cette chose impensable : voir le monde sans soi, pur, enfin lavé de son regard.

 

En quittant le cimetière, la belle mystérieuse qui avait filé trop vite m’a fait penser au jeu et au hasard, à Eustache et à la roulette… «Non, c’était le baccara...», m’a fait Picq tandis que nous marchions dans la lumière d’après-midi d’un mois de novembre. A la table de baccara, Gauloise en coin, entre ces petites vieilles habituées qu’il affectionnait… «Banco ! Carte !…» Même à 7 il tirait toujours ! Je crois qu’il aimait dire «Carte !» et puis se retrouver juste off limits … Et souvent retour d’Enghien, seul dans le vieux car brinquebalant à quatre heures du mat’, ruiné ! Oui, il m’avait dit un jour : «C’est quand je rentre après avoir tout perdu que je bande le mieux… !» «C’est quand même un sacré dilemme !» j’ai ajouté, mon vieux fond huguenot qui revenait. «Non ! m’a dit Picq sagement, comme une leçon, il faut perdre ! - Oui ! Voilà ! Toujours tirer à 7 !»

 

Jean-Jacques Schuhl

DEB | La Maman et la putain | Florilège

Il y a un an bientôt (le 27 juin 2007 exactement), j’ouvrais ce blog… Je crois que cela se fête… Et pour vous remercier de cette année ensemble, voici :

Fonctionnerait-on pas cycles ? par analogies ? par ricochets ?

Il y a quelques jours, j’étais au cinéma Jean Eustache de Pessac, près de Bordeaux. De Jean Eustache je me souvenais de la Rosière de Pessac, et j’étais fort jeune lorsque je l’avais vu. Je me souviens mieux encore de La Maman et la putain, de 1973, avec Bernadette Lafont, Jean-Pierre Léaud et une inconnue (qui, je crois, n’a fait depuis qu’une autre apparition au cinéma) : Françoise Lebrun. C’est peu de dire que j’avais été tétanisé à la projection de La maman et la putain, et surtout, surtout, par l’incroyable, l’improbable, l’hallucinant monologue de Véronika (Françoise Lebrun). Bien entendu, quand les Cahiers du cinéma ont publié le scénario du film je me suis jeté dessus, voracement. Si ma bibliothèque n’était pas un foutoir invraisemblable je l’aurais mise ici, la couv du livre. Car sur internet : rien.
En revanche, chez DailyMotion je découvre cet étrange montage sur le monologue de Françoise Lebrun. C’est, semble t-il un Canadien qui a fait cela. Il a ajouté une musique, parfois un peu envahissante, mais l’avantage de ce montage est de montrer des scènes du film.

Aussi, ai-je choisi le déroulement suivant :

1) La version Diabologum
2) Le texte du monologue de Véronika
3)
Le monologue d’origine

4) Et pour finir, la vraie scène du film, lorsqu’une main dépose le disque sur le pick-up… Là, ce n’est pas Diabologum, mais Fréhel (je crois bien, dans Que sont devenues les fortifications ?).

Tout cela dure un bon moment, mais vous me remercierez plus tard.

Bien sûr, selon la connexion et l’heure de connexion ça risque d’être un peu galère pour le chargement. Alors, mettez sur pause, insistez, cela en vaut la peine, je crois.

On y va ?

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Film ecrit et realise par Jean Eustache (1973).
La musique est de Diabologum, sur leur album “#3″ (1996).


Le monologue de Françoise Lebrun:
—————————— —
Que je vous aime.
Regardez, je commence à être saoule et je bégaie et c’est absolument horrible, parce que ce que je dis je le pense réellement. Et je pourrais rester tout le temps avec vous tellement je suis heureuse. Je me sens aimée par vous deux.

…Et l’autre qui me regarde avec les yeux en couilles de mites, d’un air sournois, en pensant : oui ma petite, tu peux toujours causer, mais je t’aurai.
Je vous en prie Alexandre, je ne joue pas la comédie. Mais qu’est-ce que vous croyez…

…Pour moi il n’y a pas de putes. Pour moi, une fille qui se fait baiser par n’importe qui, qui se fait baiser n’importe comment, n’est pas une pute. Pour moi il n’y a pas de putes, c’est tout. Tu peux sucer n’importe qui, tu peux te faire baiser par n’importe qui, tu n’es pas une pute.
Il n’y a pas de putes sur terre, putain comprends-le. Et tu le comprends certainement.

La femme qui est mariée et qui est heureuse et qui rêve de se faire baiser par je ne sais qui, par le patron de son mari, ou par je ne sais quel acteur merdique, ou par son crémier ou par son plombier… Est-ce que c’est une pute? Il n’y a pas de putes. Y a que des cons, y a que des sexes. Qu’est-ce que tu crois. Ce n’est pas triste, hein, c’est super gai.

…Et je me fais baiser par n’importe qui, et on me baise et je prends mon pied.
…Pourquoi est-ce que vous accordez autant d’importance aux histoires de cul?
Le sexe…
Tu me baises bien. Ah! comme je t’aime.
Il n’y a que toi pour me baiser comme ça. Comme les gens peuvent se leurrer. Comme ils peuvent croire. Il n’y a qu’un toi, il n’y a qu’un moi. Il n’y que toi pour me baiser comme ça. Il n’y a que moi pour être baisée comme ça par toi.
…Quelle chose amusante. Quelle chose horrible et sordide. Mais putain, quelle chose sordide et horrible.

Si vous saviez comme je peux vous aimer tous les deux. Et comme ça peut être indépendant d’une histoire de cul. Je me suis fait dépuceler récemment, à vingt ans. Dix-neuf, vingt ans. Quelle chose récente. Et après, j’ai pris un maximum d’amants.
Et je me suis fait baiser. Et je suis peut-être une malade chronique… le baisage chronique. Et pourtant le baisage j’en ai rien à foutre.
Me faire encloquer, ça me ferait chier un maximum hein! Là, j’ai un tampax dans le cul, pour me le faire enlever et pour me faire baiser, il faudrait faire un maximum. Il faudrait faire un maximum. Il faudrait m’exciter un maximum. Rien à foutre.

Si les gens pouvaient piger une seule fois pour toutes que baiser c’est de la merde.
Qu’il n’y a une seule chose très belle: c’est baiser parce qu’on s’aime tellement qu’on voudrait avoir un enfant qui nous ressemble et qu’autrement c’est quelque chose de sordide…
…Il ne faut baiser que quand on s’aime vraiment.

Et je ne suis pas saoule… si je pleure… Je pleure sur toute ma vie passée, ma vie sexuelle passée, qui est si courte. Cinq ans de vie sexuelle, c’est très peu. Tu vois, Marie, je te parle parce que je t’aime beaucoup.
Tant d’hommes m’ont baisée.
On m’a désirée parce que j’avais un gros cul qui peut être éventuellement désirable. J’ai de très jolis seins qui sont très désirables. Ma bouche n’est pas mal non plus. Quand mes yeux sont maquillés ils sont pas mal non plus.
Et beaucoup d’hommes m’ont désirée comme ça, tu sais, dans le vide. Et on m’a souvent baisée dans le vide. Je ne dramatise pas, Marie, tu sais. Je ne suis pas saoule.
Et qu’est-ce que tu crois, tu crois que je m’appesantis sur mon sort merdique. Absolument pas.

On me baisait comme une pute. Mais tu sais, je crois qu’un jour un homme viendra et m’aimera et me fera un enfant, parce qu’il m’aimera. Et l’amour n’est valable que quand on a envie de faire un enfant ensemble.
Si on a envie de faire un enfant, on sent qu’on aime. Un couple qui n’a pas envie de faire un enfant n’est pas un couple, c’est une merde, c’est n’importe quoi, c’est une poussière… les super-couples libres…
Tu baises d’un côté chérie, je baise de l’autre. On est super-heureux ensemble. On se retrouve. Comme on est bien. Mais c’est pas un reproche que je fais, au contraire.

Ma tristesse n’est pas un reproche vous savez…
C’est une vieille tristesse qui traîne depuis cinq ans… Vous en avez rien à foutre. Regardez tous les deux, vous allez être bien… Comme vous pouvez être heureux ensemble.

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DEB | Molière au téléphone

Je me souviens du temps où on nous disait que la télé pouvait rendre aveugle. Il fallait mesurer la largeur de l’écran et multiplier par je ne sais combien. Ce qui donnait une distance de plusieurs mètres. Fallait avoir de super grandes pièces à l’époque et une paire de jumelles pour regarder la télé en noir & blanc.

Je lis aujourd’hui qu’il faut maintenir le téléphone portable à une distance d’un bon mètre de soi quand on est en communication… Qu’il ne faut pas le porter sur soi, même en veille. N’ai-je pas lu que les plants de tomates n’aimaient pas le portable ?
C’est toujours le même cirque… Molière toujours superbement moderne avec son Malade imaginaire où les savants médecins se contredisent et se décrédibilisent.
Alors, la vérité, quelle est-elle ?
Dangereux le téléphone portable ?
Peut-être, oui. Est-ce que je sais, moi ? Mais eux, ils devraient savoir !
Car je suppose que ça ne doit pas être si difficile que ça d’en faire la preuve non ? Scientifiquement parlant, que leur faut-il encore à ces Diafoirus ?
Tiens, je vais demander à Claude Allègre.

****


Dans le Nouvel obs. com
(c) Reuters
Vingt scientifiques internationaux ont lancé, dimanche 15 juin [2008], un appel contre les dangers pour la santé que représente le téléphone portable. Cet appel, paru dans Le Journal du Dimanche, est coordonné par David Servan-Schreiber, professeur de psychiatrie à l’université de Pittsburgh et connu pour le succès de son livre Guérir (2003).
Les signataires énumèrent dix recommandations principales, et notamment:
- ne pas autoriser les enfants de moins de 12 ans à utiliser un téléphone portable sauf en cas d’urgence,
- maintenir le téléphone à plus d’un mètre du corps lors des communications en utilisant le mode haut-parleur ou un kit mains libres ou une oreillette,
- éviter le plus possible de porter un téléphone mobile sur soi, même en veille.
- communiquer plutôt par SMS, car cela limite la durée d’exposition et la proximité avec l’appareil.

Comme l’amiante et le tabac

Selon le JDD, “les scientifiques s’accordent sur deux choses : il n’y a pas de preuve formelle de la nocivité du portable, mais un risque existe qu’il favorise l’apparition de cancers en cas d’exposition à long terme”.
“Nous sommes aujourd’hui dans la même situation qu’il y a cinquante ans pour l’amiante et le tabac. Soit on ne fait rien, et on accepte un risque, soit on admet qu’il y a un faisceau d’arguments scientifiques inquiétants”, explique Thierry Bouillet, cancérologue à l’hôpital Avicenne de Bobigny et signataire de l’appel.
Parmi les principaux autres signataires figurent le Dr Bernard Asselain, chef du service de biostatistiques du cancer à l’Institut Curie, le Pr Franco Berrino, directeur du département de médecine préventive et prédictive de l’Institut national du cancer de Milan, le Dr Thierry Bouillet, cancérologue et directeur de l’Institut de radiothérapie de l’hôpital Avicenne à Bobigny, Jacques Marilleau, ingénieur, ancien physicien au Commissariat à l’énergie atomique et au CNRS à Orsay, ou encore Joël de Rosnay, docteur ès sciences.
Nouvel obs.com

15 juin 2008 - 4 commentaires
Classé dans : 2 | JOURNAL | POLITIQUE Tags:

DEB | La mort de Proust

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Je n’avais jamais vu cette vidéo où Céleste Albaret raconte la mort de Marcel Proust. Le récit dure près de 13 minutes. Bouleversant. Proustiens sortez vos mouchoirs !

DEB | Proust par Paul Morand & Madame

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Pour les proustiens, voici quinze minutes de bonheur. Paul Morand a connu Proust en 1915. Je me demande si le questionnaire n’est pas Roger Stéphane ?

DEB | Patricia Carli : Arrête…

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Une rareté je crois. Regardez, à gauche de la Patricia qui donne envie de tout sauf d’arrêter, c’est Franck Alamo “Biche ô ma biche.” Pute borgne, la chanson réaliste comment que ça te booste la libido !

DEB | Nancy Sinatra | This Boots Are Made For Walking

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Vous avez dit fantasme(s) ?

14 juin 2008 - 5 commentaires
Classé dans : 7 | JUKE BOX |musiques & chansons Tags:

DEB | Nuit de décembre

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Musset lu par Jean-Claude Pascal. “Beau masque”. Chanteur, ah “En flânant dans l’Île Saint-Louis”, acteur, auteur. Petit moment de nostalgie… Vous pouvez fermer les yeux, c’est une image fixe.

Du temps que j’étais écolier,
Je restais un soir à veiller
Dans notre salle solitaire.
Devant ma table vint s’asseoir
Un pauvre enfant vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Son visage était triste et beau :
A la lueur de mon flambeau,
Dans mon livre ouvert il vint lire.
Il pencha son front sur sa main,
Et resta jusqu’au lendemain,
Pensif, avec un doux sourire.

Comme j’allais avoir quinze ans
Je marchais un jour, à pas lents,
Dans un bois, sur une bruyère.
Au pied d’un arbre vint s’asseoir
Un jeune homme vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Je lui demandai mon chemin ;
Il tenait un luth d’une main,
De l’autre un bouquet d’églantine.
Il me fit un salut d’ami,
Et, se détournant à demi,
Me montra du doigt la colline.

A l’âge où l’on croit à l’amour,
J’étais seul dans ma chambre un jour,
Pleurant ma première misère.
Au coin de mon feu vint s’asseoir
Un étranger vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Il était morne et soucieux ;
D’une main il montrait les cieux,
Et de l’autre il tenait un glaive.
De ma peine il semblait souffrir,
Mais il ne poussa qu’un soupir,
Et s’évanouit comme un rêve.

A l’âge où l’on est libertin,
Pour boire un toast en un festin,
Un jour je soulevais mon verre.
En face de moi vint s’asseoir
Un convive vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Il secouait sous son manteau
Un haillon de pourpre en lambeau,
Sur sa tête un myrte stérile.
Son bras maigre cherchait le mien,
Et mon verre, en touchant le sien,
Se brisa dans ma main débile.

Un an après, il était nuit ;
J’étais à genoux près du lit
Où venait de mourir mon père.
Au chevet du lit vint s’asseoir
Un orphelin vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Ses yeux étaient noyés de pleurs ;
Comme les anges de douleurs,
Il était couronné d’épine ;
Son luth à terre était gisant,
Sa pourpre de couleur de sang,
Et son glaive dans sa poitrine.

Je m’en suis si bien souvenu,
Que je l’ai toujours reconnu
A tous les instants de ma vie.
C’est une étrange vision,
Et cependant, ange ou démon,
J’ai vu partout cette ombre amie.

Lorsque plus tard, las de souffrir,
Pour renaître ou pour en finir,
J’ai voulu m’exiler de France ;
Lorsqu’impatient de marcher,
J’ai voulu partir, et chercher
Les vestiges d’une espérance ;

A Pise, au pied de l’Apennin ;
A Cologne, en face du Rhin ;
A Nice, au penchant des vallées ;
A Florence, au fond des palais ;
A Brigues, dans les vieux chalets ;
Au sein des Alpes désolées ;

A Gênes, sous les citronniers ;
A Vevey, sous les verts pommiers ;
Au Havre, devant l’Atlantique ;
A Venise, à l’affreux Lido,
Où vient sur l’herbe d’un tombeau
Mourir la pâle Adriatique ;

Partout où, sous ces vastes cieux,
J’ai lassé mon cœur et mes yeux,
Saignant d’une éternelle plaie ;
Partout où le boiteux Ennui,
Traînant ma fatigue après lui,
M’a promené sur une claie ;

Partout où, sans cesse altéré
De la soif d’un monde ignoré,
J’ai suivi l’ombre de mes songes ;
Partout où, sans avoir vécu,
J’ai revu ce que j’avais vu,
La face humaine et ses mensonges ;

Partout où, le long des chemins,
J’ai posé mon front dans mes mains,
Et sangloté comme une femme ;
Partout où j’ai, comme un mouton,
Qui laisse sa laine au buisson,
Senti se dénuder mon âme ;

Partout où j’ai voulu dormir,
Partout où j’ai voulu mourir,
Partout où j’ai touché la terre,
Sur ma route est venu s’asseoir
Un malheureux vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Qui donc es-tu, toi que dans cette vie
Je vois toujours sur mon chemin ?
Je ne puis croire, à ta mélancolie,
Que tu sois mon mauvais Destin.
Ton doux sourire a trop de patience,
Tes larmes ont trop de pitié.
En te voyant, j’aime la Providence.
Ta douleur même est sœur de ma souffrance ;
Elle ressemble à l’Amitié.

Qui donc es-tu ? ─ Tu n’es pas mon bon ange,
Jamais tu ne viens m’avertir.
Tu vois mes maux (c’est une chose étrange !)
Et tu me regardes souffrir.
Depuis vingt ans tu marches dans ma voie,
Et je ne saurais t’appeler.
Qui donc es-tu, si c’est Dieu qui t’envoie ?
Tu me souris sans partager ma joie,
Tu me plains sans me consoler !

Ce soir encor je t’ai vu m’apparaître.
C’était par une triste nuit.
L’aile des vents battait à ma fenêtre ;
J’étais seul, courbé sur mon lit.
J’y regardais une place chérie,
Tiède encor d’un baiser brûlant ;
Et je songeais comme la femme oublie,
Et je sentais un lambeau de ma vie
Qui se déchirait lentement.

Je rassemblais des lettres de la veille,
Des cheveux, des débris d’amour.
Tout ce passé me criait à l’oreille
Ses éternels serments d’un jour.
Je contemplais ces reliques sacrées,
Qui me faisaient trembler la main :
Larmes du cœur par le cœur dévorées,
Et que les yeux qui les avaient pleurées
Ne reconnaîtront plus demain !

J’enveloppais dans un morceau de bure
Ces ruines des jours heureux.
Je me disais qu’ici-bas ce qui dure,
C’est une mèche de cheveux.
Comme un plongeur dans une mer profonde,
Je me perdais dans tant d’oubli.
De tous côtés j’y retournais la sonde,
Et je pleurais, seul, loin des yeux du monde,
Mon pauvre amour enseveli.

J’allais poser le sceau de cire noire
Sur ce fragile et cher trésor.
J’allais le rendre, et, n’y pouvant pas croire,
En pleurant j’en doutais encor.
Ah ! faible femme, orgueilleuse insensée,
Malgré toi, tu t’en souviendras !
Pourquoi, grand Dieu ! mentir à sa pensée ?
Pourquoi ces pleurs, cette gorge oppressée,
Ces sanglots, si tu n’aimais pas ?

Oui, tu languis, tu souffres, et tu pleures ;
Mais ta chimère est entre nous.
Eh bien ! adieu ! Vous compterez les heures
Qui me sépareront de vous.
Partez, partez, et dans ce cœur de glace
Emportez l’orgueil satisfait.
Je sens encor le mien jeune et vivace,
Et bien des maux pourront y trouver place
Sur le mal que vous m’avez fait.

Partez, partez ! la Nature immortelle
N’a pas tout voulu vous donner.
Ah ! pauvre enfant, qui voulez être belle,
Et ne savez pas pardonner !
Allez, allez, suivez la destinée ;
Qui vous perd n’a pas tout perdu.
Jetez au vent notre amour consumée ; -
Eternel Dieu ! toi que j’ai tant aimée,
Si tu pars, pourquoi m’aimes-tu ?

Mais tout à coup j’ai vu dans la nuit sombre
Une forme glisser sans bruit.
Sur mon rideau j’ai vu passer une ombre ;
Elle vient s’asseoir sur mon lit.
Qui donc es-tu, morne et pâle visage,
Sombre portrait vêtu de noir ?
Que me veux-tu, triste oiseau de passage ?
Est-ce un vain rêve ? est-ce ma propre image
Que j’aperçois dans ce miroir ?

Qui donc es-tu, spectre de ma jeunesse,
Pèlerin que rien n’a lassé ?
Dis-moi pourquoi je te trouve sans cesse
Assis dans l’ombre où j’ai passé.
Qui donc es-tu, visiteur solitaire,
Hôte assidu de mes douleurs ?
Qu’as-tu donc fait pour me suivre sur terre ?
Qui donc es-tu, qui donc es-tu, mon frère,
Qui n’apparais qu’au jour des pleurs ?


- Ami, notre père est le tien.
Je ne suis ni l’ange gardien,
Ni le mauvais destin des hommes.
Ceux que j’aime, je ne sais pas
De quel côté s’en vont leurs pas
Sur ce peu de fange où nous sommes.

Je ne suis ni dieu ni démon,
Et tu m’as nommé par mon nom
Quand tu m’as appelé ton frère ;
Où tu vas, j’y serai toujours,
Jusques au dernier de tes jours,
Où j’irai m’asseoir sur ta pierre.

Le ciel m’a confié ton cœur.
Quand tu seras dans la douleur,
Viens à moi sans inquiétude.
Je te suivrai sur le chemin ;
Mais je ne puis toucher ta main,
Ami, je suis…

DEB | Chimène 70

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Il y a longtemps que je cherchais cette chanson. Ce n’est pas René Joly sur la vidéo. Il y a une vidéo plus actuelle, mais le son n’est pas celui de l’époque. Le play back est assuré par landof, qui est malentendant. René Joly a donné son accord pour cette version sur le net. Les paroles ont été cosignées avec le chanteur par Gérard Manset. Mais qu’est donc devenu René Joly ?


DEB | D’os nu

 


Dos nu, de Marie-Claude Groussard

Marie-Claude Groussard : pas de site, pas de blog , un petit atelier au fond du jardin … Prochaine exposition (de groupe ) Argentan du 14 au 22 juin 2008….

Elle travaille sur le thème “Corps et Âmes” avec l’argile comme unique matériau pour ses toiles comme pour ses sculptures où l’Afrique, comme une amie lointaine et pourtant inconnue, s’est imposée à elle dès que ses mains ont rencontré la terre, donnant naissance à de petites figurines, tantôt douces et sereines, tantôt douloureuses et meurtries mais toujours dignes et fières à l’image qu’elle souhaite transmettre de ce continent qui cristallise toute la palette émotionnelle de l’humanité.

11 juin 2008 - 5 commentaires
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DEB | Echecs et mate

Inutile de le nier, je suis joueur, et d’échecs en particulier. Les images ci-dessous sont extraites d’une vidéo que j’ai réalisée sur l’expo de mon amie Alena Tserashonak-Hubanov. J’aurais bien mis la vidéo ici, mais j’ai remarqué que les photos étaient préférées aux vidéos (temps de chargement longs parfois, saccades, etc.). Bien sûr, on se demandera si Alena est aussi le modèle sur les peintures… Et on aura raison de se poser la question…

 

 


10 juin 2008 - 2 commentaires
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DEB | Joueurs d’échecs

J’aime cet ascétisme chez les sportifs. Ces joueurs d’échecs, surpris dans leur austère retraite, ne dérogent pas aux règles fondamentales : pas de cigarettes, pas d’alcool, recueillement à l’écart du monde des frivolités du monde matérialiste. Et si ça se trouve il n’y a personne sous la table pour stimuler leur intellect.

Et à la demande de mes admiratrices, en N&B


9 juin 2008 - 6 commentaires
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DEB | Francis Jeanson, 7 juin 2008

Quelques heures avec le vieil homme, ce 7 juin 2008. Il me manquait, je ne le savais plus. Nous avons pu le filmer pendant deux heures, ce qu’il n’acceptait plus depuis des mois.
Je l’ai trouvé très beau mon vieil ami. J’étais au cadre. J’ai extrait cette image où il rit pour, enfin, le montrer ce vieil ami dont je parle si souvent ici. Cette fois, il y avait une jolie jeune fille pour l’entretien.
Mais la question reste la même : que ferai-je de toutes ces heures d’enregistrement ? J’ai beau me dire que je suis devant un des derniers grands philosophes et hommes d’action de près d’un siècle, un monument historique (si j’ose dire) mais je vois bien que l’époque a viré à la bêtise. Je devrais dire : on l’a fait virer, l’époque, à la bêtise. Et je me demande parfois si je n’y ai pas contribué. N’empêche, je continue. Je viens de publier son dernier livre, en date — il y en aura d’autres. Je ferai aussi ce documentaire. Sans rien espérer des chaînes de télévision.
J’espère faire tout ce dont j’ai projet.
On en reparlera.
Et vous, ça va ?