DEB | À elles, à lui
Je crois qu’en vieillissant on se fait beau pour toutes les occasions ratées et qu’on essaie de revivre, et je crois qu’en vieillissant on se fait moche pour toutes les occasions qui ont été ratées et dont on sait qu’on ne les revivra jamais.
Moi, je me fais beau pour celles avec qui rien n’a eu lieu.
De la petite Cathy avec qui - nous avions cinq ans, je crois - au fond du jardin, je me souviens, nous nous frottions le derrière à travers le grillage, dont le père était militaire et qui est partie pour Toulon. Depuis, je déteste Toulon…
Pour Martine, la petite blonde de l’école religieuse et que je guettais chaque soir derrière ma fenêtre quand elle passait devant chez moi…
Pour Florence qui, avec ses quinze ans, en maillot de bain me faisait bander comme un âne à la plage du Pyla alors que j’avais douze ans, Florence qui était…
Pour Reine, sur sa meule de foin en corsage rose ou resplendissait ses seins orgueilleux comme un sapin de Noël et qui ne savait pas que je masturbais en la regardant au loin… Reine qui avait quarante ans et j’en avais vingt-cinq…
Pour elle dont le décolleté bâillait comme sur cette photo d’un livre dans la vitrine d’une librairie — qui n’existe plus — à l’angle de la rue Saint-Sernin et de la rue judaïque à Bordeaux, à elle,…
À Jakie, qui avait le courage de dire : «Si ce n’était pas mon neveu…» Jakie que je désirais avant que de la connaître parce qu’elle était la sœur de ma mère.
À toutes celles que je n’ai pas eues et que je désire encore, justement, peut-être parce que je ne les ai pas eues…
À toutes celles de la place Pierre Loti à Rochefort, et dont les poitrines moulées dans des chandails très ajustées me rendaient fou quand je les voyais remonter du chalet de nécessité que tenait ma grand-mère.
À la femme du docteur Labrunie, dans le Fouras de mon enfance, elle qui, avec sa peau bronzée me mettait en transes quand elle descendait de sa 2Cv (dont la porte s’ouvrait par l’avant).
À l’inconnue de la cathédrale Saint-André à Bordeaux, dans son imper plastique transparent (comme dans Blow Up d’Antonioni)…
À Michèle qui venait me donner des cours particuliers d’anglais et que je n’écoutais pas. Elle était maigre, mais je crois que je ne lui étais pas indifférent et que si j’avais osé…
À je ne sais plus qui, ma voisine de palier, quand j’avais quatorze ans et qui me laissait l’embrasser pour un ticket d’autobus…
À cette prof de je ne sais quoi, en cours professionnel, et qui écartait les genoux quand elle voyait mes yeux tomber à ses genoux…
À lui, ce petit blondinet de mes quinze ans et qui ressemblait à ma lecture des Amitiés particulières de Roger Peyreffite, à lui, qui, s’il m’avait touché, ce blondinet dont je ne sais plus rien de rien aurait peut-être supprimé les femmes de mes regrets.
Nota : il y a une version non expurgée de ce texte. Un jour peut-être…
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Tietie007 dit :
La vieillesse ou la mélancolie des désirs révolus !
DEB dit :
A Tietie : on peut voir ça comme ça. On peut aussi considérer que les désirs ne sont jamais révolus. Lire est un exercice difficile, je m’en rends compte de plus en plus…
l'autre Sophie dit :
Tu nous parleras de tes “Boum”, ta “Boum” 1, ta “Boum” 2 ….. quand notre coeur fait Boum, tout avec lui dit Boum et c’est l’amour qui s’éveille ! faisons en sorte qu’il ne s’endorme jamais
Solange dit :
là où le désir surpasse le plaisir
là ou l’inaccessible femme
fait s’enflammer votre âme
et le reste tout à loisir
là où l’attente inassouvie
vous comble pour la vie
ou vous fait mourir d’ennui
là ou les regrets de n’avoir eu
rejoignent ceux de n’avoir plus
là où la vie continue
avec toutes ses inconnues …
angoustrine dit :
je l’attends, la version non expurgée, avec Jakie, la tante, sûrement, et ta prof…je n’ai pas eu ces chances…
amb55 dit :
normal, Angous’. Quant on est un bourricot on n’a droit qu’aux petites filles modèles.
angoustrine dit :
relis L’ANE D’OR, chère Soalnge, il y a âne et âne…
DEB dit :
Oui, tiens, c’est une idée, relisons Apulée. Je ne m’en souviens plus du tout mais je me souviens que c’était jouissif. Excellent conseil Angous, je note cela sur mes tablettes.
Solange dit :
voyez les garçons le degré de mon inculture
je n’en reste hélas qu’à la comtesse de Ségur
relire Apulée ? quelle gageure
j’connais pas, j’le jure.
à défaut de jouir
promis, je vais m’instruire.
DEB dit :
Mais s’instruire
c’est jouir
Pas de réelle jouissance
sans la connaissance.
Isaa dit :
et celles (ou ceux )qui n’ont rien dit? Ceux qui se sont pâmés devant en toi en imaginant des ébats passionnés, ceux que tu n’as pas vu, tu y as pensé à ceux là ? c’est mes préférés dans ma mémoire à moi ^^
amb55 dit :
eh, be, vous êtes forts Isaa et DEB. Moi j’ai déjà du mal avec ma petite réalité quotidienne.
De là à imaginer, ceux qui, celles qui … je dis NON et NON. Ma tête éclate et mon coeur vole en morceaux. ça suffit comme ça. L’amour au jour le jour.
Enfin, c’est ce que je pense, mais souvent la réalité, hein ? ça vous dépasse, ça vous surpasse, et ça vous casse.
Curieux, je croyais qu’il n’y avait que les femmes pour faire ainsi des flash back et des séquences nostalgie sur leurs amours.
Mais bon, c’est comme le reste, ;), on a quelquefois des surprises.