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DEB | Moi, le lecteur

Dix manuscrits retoqués aujourd’hui.
Et autant hier.
J’en ai mis quelques-uns de côté.
Les ventes de livres continuent de chuter.
Comment leur dire que plus en plus de gens s’en foutent des livres ? De ces livres-là, qui racontent une vie banale, mais pleine de bons sentiments.

Et comment leur dire que ce n’est pas suffisant le témoignage ?

Mais parfois, je suis en colère : pourquoi sont-ils tant à écrire alors qu’ils ne savent pas ? On voit bien qu’ils n’ont pas lu. Qu’ils s’en foutent eux aussi des livres, que la seule chose qui les intéressent c’est le leur.
Leur histoire, leur ego.
Ils ne comprennent pas la plupart du temps que c’est à moi qu’ils doivent écrire, à moi qu’ils doivent s’adresser, moi le lecteur.
Mais non, ils s’adressent à eux.
Ils ne savent pas que je ne le connais pas.
Ils ne savent pas que je m’en fous de savoir qu’ils ont pris un bon petit café.
Ils se regardent, et moi je détourne les yeux.
Je ne fais plus de refus « personnalisé » que rarement.
Je ne signe plus.
Je ne mets plus mon nom.
Si je leur fais un commentaire ils me répondent que je n’ai rien compris. Que je n’ai pas su les lire. Qu’untel ou qu’unetelle a trouvé ça très bien.
Je ne dis presque plus rien.
Ils oublient qui je suis : un lecteur.

 

20 commentaires pour “DEB | Moi, le lecteur”

  • angoustrine dit :

    oh la la , mon, DEB;, c’est ton jour de bleu, ce jour!et puis, non, tu es un éditeur, un vrai, un rare! BQM.

  • tontonraspoutine dit :

    “Qu’ils s’en foutent eux aussi des livres, que la seule chose qui les intéressent c’est le leur.” qu’y dit avec la grosse colère déprimale, le crypto-sanglot dans la plume. Même que ça lui fait la toute grosse fote. N’empêche, il a raison. C’est terrible d’être éditeur. Un lecteur obligé avec des fins de mois à assumer, l’URSSAF, le fisc; les comptables, peut-être même les associés, les dividendes… Terrible… Viv’ la r’traite. Comme ça tu lis pour le plaisir et t’écris pareil. Le Pied Nickelé. A propos : il y a un certain Jean Tulard, historien de son état, qui vient de publier un bouqin chez Armand Colin intitulé “les Pieds Nickelés de Forton”. Je ne l’ai pas lu, mais ça ne sauret tardi. Condoléances…

  • DEB dit :

    Ben oui, hein…

  • Darnacollecta dit :

    Envoyer un manuscrit ou écrire un roman collectif sur le Net, y vois-tu une différence DEB ?

  • DEB dit :

    Oui, j’en vois une, une grosse, pas toi ?

  • amb55 dit :

    Ne te mets point en colère DEB. Si ceux qui écrivent le font avec la sincérité qui est la leur ils n’auront pas de mal à comprendre et la situation actuelle du livre et de l’édition, et ton point de vue.

    C’est vrai sans doute que beaucoup n’ont pas lu autant que toi avant de se mettre eux-mêmes à l’écriture, mais je peux te garantir que ceux qui y croient, ceux qui sont sincères, leur écriture est aussi une façon d’aller vers l’écriture des autres. Je ne vais pas dire “moi je” (mais je viens quand même de le faire), ce serait trop pompeux, mais écrire ça peut aussi vouloir dire apprendre à lire.

    Si ce n’est pas le cas, alors effectivement, tu as raison DEB. Ceux qui se veulent, qui se disent écrivains, ils n’ont rien compris et ils ne méritent pas qu’on les lise. Tac !

    Roman collectif et manuscrit ? Pas du tout la même démarche, ni la même “ambiance”.

    Même seul derrière un clavier à dire des bêtises, on sait que l’on est au moins, ou au plus, quatre ou cinq à délirer sur le même truc, comme si on se rejoignait un peu à travers un même personnage. On se laisse alternativement porter par les autres “écrivains” et on porte aussi les autres.

    C’est un peu comme les ateliers d’écriture ou de poésie.

    Très enrichissant. On s’oublie, on se laisse porter par les autres et par les mots. On s’oblige à être lecteur des autres avant d’être soi-même écrivain. On entre véritablement dans le jeu de l’écriture. La vraie. Même si on délire, on dévie …

    Tu as essayé Darnacollecta ?

  • DEB dit :

    Exactement chère amie, le roman collectif ça j’aime beaucoup parce que c’est quelque chose que l’on partage à plusieurs. Je laisse décanter en ce moment, mais ça va repartir le truc. Le “moi-moi” me gonfle terrible. On va s’y remettre à ce roman pluriel, histoire de s’amuser ensemble de façon beaucoup plus sérieuse qu’il y paraît.

    J’aime que ces choses-là soient dites.

  • Darnacollecta dit :

    Loin de moi l’idée de prendre ce blog pour un terreau de polémique, là n’est pas mon intention, surtout quand on connaît toute l’amitié que je porte à DEB. Ma question était plutôt : est-ce que DEB l’éditeur publierait - même si j’ai bien compris que ce n’est ni à l’ordre du jour, ni programmé, pas même prévu -, le début de l’écriture du roman collectif sur le Net ? Même si c’est prématuré pour juger du fond et de la forme, même si certains é